Publié le Mercredi 28 octobre 2026 à 18h00.

La répression monte encore d’un cran

Face au mouvement lycéen et à la colère contre la vie chère, le gouvernement multiplie les violences policières et les entraves au droit de manifester. Une fuite en avant qui n’a pas réussi à faire taire la mobilisation.

 

Près de 10 000 interpellations. Un manifestant mort. Des mains arrachées, des couvre-feux, des hélicoptères au-dessus des cortèges. Le mouvement lycéen a fait franchir un nouveau palier à une dynamique répressive engagée depuis une décennie.

 

Une dynamique répressive

Depuis la présidence de François Hollande, et plus particulièrement depuis le mouvement contre la loi travail en 2016, le niveau de répression contre le mouvement social ne cesse d’augmenter.

Cela a commencé par l’encadrement de plus en plus musclé des manifestations, les interpellations massives, l’usage constant de gaz lacrymogènes et les nasses policières. Puis il y a eu les yeux crevés et les mains arrachées pendant le mouvement des Gilets jaunes, avec l’usage massif de grenades assourdissantes ou de désencerclement.

Ensuite sont venues les amendes pour participation à une manifestation non autorisée, surtout lors des premières manifestations en solidarité avec la Palestine. Les condamnations sont aussi de plus en plus sévères, avec des peines de prison ferme et des interdictions de manifester.

Tout cela sans compter les violences policières quotidiennes dans les quartiers populaires, des violences qui tuent, comme pour Nahel parmi tant d’autres.

Mais si on croyait avoir atteint le maximum de répression possible sans tomber dans une dictature, on se trompait.

 

La police pour toute réponse

La première réponse du gouvernement a été d’envoyer la police devant les établissements bloqués, et la deuxième aussi. Un œil crevé, une main amputée et une mâchoire fracturée : voilà ce que le pouvoir juge proportionné à quelques feux de poubelles. Des syndicalistes, des parents d’élèves et même des éluEs comme Bally Bagayoko ont dû se mettre en première ligne pour protéger les jeunes.

Le 17 octobre, il y a eu une explosion sociale, avec des milliers de personnes dans la rue, des vitrines cassées et des magasins pillés. Le gouvernement a répondu une troisième fois de la même manière : des mains arrachées, des peines de prison, des couvre-feux, des interdictions de manifester, des hélicoptères de surveillance. Un manifestant est mort d’un arrêt cardiaque après avoir été gazé, dans des conditions qui restent à éclaircir.

Le projet de loi « casseurs-payeurs », examiné au Sénat à partir du 27 octobre, permettrait de faire payer jusqu’à 10 000 euros aux membres d’un groupe ayant commis des dégradations, même sans participation personnelle à celles-ci. La commission des lois a aussi ajouté le RSA aux prestations saisissables, avec les allocations familiales et les APL.

 

Un état d’urgence non déclaré

Les couvre-feux, les interdictions de manifester et les changements de parcours imposés par la préfecture montrent bien la volonté du gouvernement d’entraver le droit de manifester. Emmanuel Macron a même déclaré que tout rassemblement déclaré par d’autres que des organisations syndicales « sérieuses » est illégitime et doit être interdit. Selon le média Blast, le Premier ministre Sébastien Lecornu aurait été jusqu’à essayer de créer un dispositif permettant de couper l’accès aux réseaux sociaux lors des manifestations du 24 octobre.

Le gouvernement prévoit aussi des interdictions de manifester pour des personnes jugées susceptibles de troubler l’ordre public et la suppression du plafond des drones judiciaires. Un amendement gouvernemental veut appliquer aux appels à l’« insurrection » sur les réseaux sociaux les procédures contre les contenus terroristes : retrait sous une heure, avec blocage et déréférencement possibles des sites.

Macron agit comme s’il avait déclaré l’état d’urgence, sans même l’assumer.

 

La stratégie de la peur n’a pas marché

Le gouvernement ne veut pas répondre aux revendications du mouvement lycéen. Le gouvernement ne veut pas répondre aux besoins de la population face à la vie chère. Car cela impliquerait de prendre de l’argent aux plus riches et de revenir sur la casse des services publics systématiquement mise en œuvre depuis dix ans. Ce n’est pas son projet.

La mobilisation a arraché de premières annonces le 26 octobre (lire page 7). Mais dès le lendemain, le ministre des Comptes publics exigeait des « économies supplémentaires » pour financer les mesures promises : l’austérité reste la règle.

Macron préfère essayer de désarticuler le mouvement par la répression, la peur et la fatigue. Mais la colère est si profonde que sa stratégie est perdante : le mouvement ne s’est pas laissé intimider.