Avec la constitution inédite d’un groupe au Sénat, le RN se réjouit d’une victoire institutionnelle : la notabilisation après la « dédiabolisation » ?
Un groupe, ce sont des financements, des collaborateurs (autant de futurs cadres à placer), des questions au gouvernement, des journées parlementaires pour dérouler le programme, des commissions d’enquête, une présence dans les commissions mixtes paritaires, un poste de secrétaire au bureau du Sénat, voire — ils en rêvent déjà — une vice-présidence !
Tractations
Les élections ont ouvert une semaine de tractations pour les instances. Le président du groupe LR s’interroge sur « quelques collègues » : il ignore « dans quel groupe ils siègent ». Plusieurs pourraient rompre le « cordon sanitaire ». Aymeric Durox, sénateur RN déjà en place, annonce sur Radio Courtoisie de possibles ralliements : « Surveillez bien l’actualité dans les jours qui viennent […] il y aura d’autres patriotes qui vont nous rejoindre. » L’actualité, ce fut plutôt que Jordan Bardella — premier ministrable, qui prépare un budget 2027 respectable pour séduire une droite en perte de repères — parlait, à 17 ans, comme Soral. Qui l’aurait cru ?
Une droite fragilisée, mais pas siphonnée
L’un des enjeux pour le RN portait sur la fragilisation de la droite. Or LR limite la casse : l’UDR voit ses espoirs déçus et reste le petit satellite d’union des droites du RN. Sa stratégie revient plutôt à construire des ponts en attendant une nouvelle génération plus encline à s’allier ouvertement pour bâtir une majorité. Mais si LR échappe au siphonnage, c’est en reprenant les idées du RN… L’assurance du groupe LR que « la majorité sénatoriale ne bougera pas » n’a donc rien de rassurant.
Un ancrage territorial en progression
La forte progression du RN par rapport aux sénatoriales de 2020 était attendue. Elle reflète sa poussée aux dernières municipales, et un peu plus. Bénéficiant des scrutins à la proportionnelle dans les départements les plus peuplés, le RN et l’UDR font élire leurs sénateurs dans ceux où ils comptent le plus d’élus communaux, exception faite de la Seine-Maritime et, dans une moindre mesure, de l’Hérault. Partout, ils dépassent largement leur socle de grands électeurs étiquetés, grâce à une assise d’élus non encartés mais sympathisants et au travail local de certains cadres en direction des communes rurales : c’est ce qui explique la percée en Seine-Maritime, comme en Gironde.
Une victoire à ne pas sous-estimer
Cette petite victoire sénatoriale n’est pas la marche inéluctable vers le pouvoir que claironne le RN. Mais il compte bien en tirer parti : la présidente du groupe a été nommée responsable des parrainages pour la présidentielle. Notabilisation n’est pas construction d’une organisation de masse, mais pour gagner des élections, cela compte. Et cet ancrage territorial offre des points d’appui pour une éventuelle politique de gouvernement. « L’affaire Bardella » ne freinera cette notabilisation que si elle ne retombe pas comme un buzz médiatique vite oublié.