Publié le Mercredi 28 octobre 2026 à 15h00.

Une tuerie raciste, des responsabilités politiques

Vendredi 23 octobre, un homme d’extrême droite a tiré sur des passantEs parce qu’ils et elles étaient noirEs, arabes ou supposéEs musulmanEs. Ce crime est le produit d’un climat que le pouvoir, l’extrême droite et les grands médias entretiennent depuis des années.

 

Vendredi 23 octobre au matin, un homme de 39 ans a ouvert le feu au pistolet-mitrailleur depuis sa voiture, en trois endroits de Trappes et de La Verrière, dont une aire de jeux. Il a tué Pengo Bossio Wangi, un jeune homme noir de 26 ans, et grièvement blessé cinq autres personnes. Parmi elles, une fillette de 12 ans, touchée par huit balles, visée parce qu’elle portait un foulard.

Nous adressons toute notre solidarité aux victimes, à leurs proches et aux habitantEs de Trappes et de La Verrière.

 

Un crime raciste prémédité

Le tueur votait pour l’extrême droite, possédait Mein Kampf et affichait ses convictions racistes. Il s’était procuré une arme de guerre et avait piégé son appartement avec des bouteilles de gaz reliées à un minuteur.

Il a déclaré aux policiers avoir voulu s’en prendre « aux Noirs et aux Arabes » pour venger les commerçantEs victimes de vols et de dégradations le 17 octobre. Il a donc traduit en balles la lecture raciste de la révolte sociale qu’on nous sert depuis dix jours : derrière les vitrines brisées, il n’a pas vu la vie chère, la misère, les inégalités, mais des Noirs et des Arabes.

Il faut nommer ce qui a armé son bras : la négrophobie, le racisme anti-arabe et l’islamophobie. Si son irresponsabilité pénale devait être reconnue, cela ne changerait rien au caractère raciste de ses crimes. Le contenu d’un délire n’est pas indépendant de la société et notre société est saturée de racisme, de négro­phobie, ­d’­islamophobie, de racisme anti-arabe.

 

Le bal des hypocrites

Le bal des hypocrites qui dénoncent ce crime tout en lui fournissant chaque jour son carburant est insupportable. Car cette tuerie survient dans un climat que le pouvoir a lui-même fabriqué : banalisation du racisme, montée de l’extrême droite, fascisation de l’État. Les discours qui déshumanisent la jeunesse non blanche des quartiers populaires préparent les passages à l’acte.

De Zemmour à Le Pen et Bardella, de Retailleau aux bancs du gouvernement, on désigne chaque jour les immigréEs, les musulmanEs et l’ensemble des personnes non blanches comme la source de tous les maux. Face à la colère sociale, le gouvernement a choisi le racisme pour justifier la répression coloniale des quartiers populaires : milliers de gardes à vue, comparutions immédiates à la chaîne, couvre-feu, manifestations interdites. Nous le tenons pour politiquement responsable.

Les médias dominants aussi. Pas seulement CNews, mais BFM et le service public, qui s’indignent tout en déroulant le tapis rouge au RN, à Reconquête et à leurs relais. Nous les tenons pour ­politiquement responsables.

Et ne sont pas innocentEs non plus celles et ceux qui, à gauche, ont pleuré les vitrines du 17 octobre plus que les mains arrachées et les visages mutilés par la police, ou qui ont jugé bon de faire front avec une droite qui mène des ­politiques racistes.

 

Construire la riposte

La riposte doit se construire en articulant l’unité et la clarification politique : on ne peut pas lutter contre le racisme avec celles et ceux qui ostracisent les mouvements antiracistes de base, hiérarchisent les formes de racisme, nient ­l’islamophobie, défendent des politiques coloniales et prennent pour cible celles et ceux qui s’opposent à la guerre génocidaire menée par Israël contre les PalestinienNEs.

Sur cette base, il y a urgence à rassembler les organisations syndicales, politiques et associatives, les collectifs antiracistes et de lutte contre les violences policières dans un front antiraciste et antifasciste. N’attendons pas de l’État qui attise le racisme de nous protéger : c’est à notre camp social de se défendre et de se rassembler.

Après cette tuerie, la révolte sociale en cours doit renforcer sa dimension antiraciste. Elle était présente dès le départ dans les raisons de la mobilisation lycéenne, partie des quartiers populaires racisés pour lutter contre les inégalités.

Oui, cet ordre capitaliste, autoritaire et raciste est révoltant !

 

Zyed et Bouna : ni oubli ni pardon

Le 27 octobre 2005, Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, mouraient électrocutés dans un transformateur à Clichy-sous-Bois, en fuyant la police. Leur mort déclenchait trois semaines de révolte dans les quartiers populaires. Vingt et un ans après, leur mémoire nous engage à combattre le racisme d’État, les violences policières et l’impunité. Face à la répression, construisons la solidarité et une riposte antiraciste unitaire. Justice pour Zyed, Bouna et toutes les victimes !