Publié le Jeudi 22 octobre 2026 à 15h00.

Brésil : une lutte difficile, mais renouvelée, pour la victoire contre Bolsonaro

À moins d’une semaine du second tour de la présidentielle au Brésil, l’issue reste incertaine. Les derniers sondages donnent une égalité technique : Bolsonaro fils conserve deux à trois points d’avance sur Lula, en légère progression.

 

Malgré cette avance et les célébrations anticipées des secteurs du capital après la victoire écrasante du néofascisme au premier tour, notamment sa majorité inédite dans les deux chambres, le second tour ouvre une nouvelle campagne et un nouveau moment politique.

La direction de la campagne de la coalition du PT a été débordée par la réaction populaire, notamment celle de la jeunesse, qui investit les rues depuis le 8 octobre dans d’immenses manifestations pro-Lula. Cette mobilisation impose un débat plus programmatique et une dynamique bien plus intense qu’au premier tour, tiède et dépolitisé.

À l’initiative des jeunes étudiantEs et travailleurEs, la polarisation a gagné les transports, les réseaux, les lieux de travail et les quartiers, ouvrant une voie étroite à la « remontada ». Comme en Europe, en Inde, aux États-Unis et en Argentine, cette jeunesse s’éveille à la lutte politique, sans le poids du pragmatisme des générations précédentes, et rejoint la bataille mondiale contre l’extrême droite, Trump et ses projets de destruction civilisationnelle.

La bataille pour l’avenir immédiat et la souveraineté du Brésil aura un impact mondial. L’enjeu est considérable : après le Venezuela, Trump veut étendre son néocolonialisme violent au Brésil et à Cuba, alors que les gouvernements d’extrême droite de la région sont peu populaires.

 

La jeunesse a « offert son cœur »

Comme le chante Pablo Milanés, « Qui a dit que tout est perdu ? Je viens offrir mon cœur », la jeunesse a répondu au désarroi du premier tour en se mobilisant dans les assemblées étudiantes et les rues. Parti de l’Université fédérale Fluminense, à Niterói, le mouvement a gagné le Colégio Pedro II, à Rio, puis Fortaleza, avant un nouveau bond à Rio et à Belo Horizonte le 9 octobre.

Le week-end des 10 et 11, les manifestations se sont étendues à tout le pays. Sur l’Avenida Paulista, un très long cortège a rassemblé des centaines de milliers de personnes. Les villes moyennes ont rejoint les grandes métropoles. Le 13, cinquante mille personnes ont manifesté à Porto Alegre et à Brasília. Les 17 et 18, de nouvelles manifestations massives ont eu lieu à l’appel d’artistes et de la campagne de Lula.

Portée par le mouvement étudiant, avec l’UNE et les DCE en première ligne, cette mobilisation a réuni différents secteurs de la jeunesse, dont les « fandoms », communautés de fans actives dans la rue et sur les réseaux. Elle a gagné les Instituts fédéraux (écoles techniques), les milieux culturels, les adeptes des religions afro-brésiliennes et les travailleurEs de la samba à Rio, rapprochant les générations.

Les militantEs et les figures publiques du PSOL, avec d’autres secteurs progressistes, ont été en première ligne de cet effort collectif d’auto-organisation. La mobilisation dans la rue et sur les réseaux, combinée à l’adoption au Congrès de la loi imposant deux jours de repos pour cinq jours de travail, a ouvert une voie sinueuse, mais incontournable.

 

Le mouvement peut changer le scénario politique

Les derniers sondages situent l’écart entre un et deux points, dans la marge d’erreur, tandis que le rejet de Flávio commence à dépasser celui de Lula. L’enjeu est de faire basculer des voix, de convaincre les indécisEs et de mobiliser les abstentionnistes, notamment les personnes âgées et les femmes, parmi lesquelles Lula creuse son avance. Portée par la mobilisation de la base, la direction de campagne a aussi engagé, à juste titre, la bataille juridique contre les manœuvres de Meta et des autres géants du numérique contre la gauche.

L’énergie sociale libérée doit servir la victoire : réduire le retard dans le Sud et le Centre-Ouest, creuser l’avance dans le Nord-Est et gagner les grandes villes du Sud-Est. Il faut dénoncer les attaques contre les droits que préparent Bolsonaro, Trump et une grande partie de l’oligarchie, défendre les conquêtes sociales des quarante dernières années et les libertés démocratiques. Rien n’est joué face à l’extrême droite. Les cinq prochains jours seront décisifs : faire campagne et voter Lula le 25 octobre, c’est freiner son avancée au Brésil et en Amérique latine.