Publié le Mercredi 18 mars 2026 à 13h30.

Enjeux économiques de la guerre contre l’Iran

Les effets économiques de la guerre contre l’Iran sont pour le moment limités. Mais la tension sur les marchés de l’énergie et les risques inflationnistes posent la question centrale de la durée de la guerre.

 

Trump déclare que la hausse du prix du pétrole est un « tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis ». Il qualifie la guerre en Iran de « courte excursion », rien de plus qu’une « escapade ». D’ailleurs, il y a déjà plus d’une semaine, il disait que « la guerre est pratiquement terminée » puisque « presque tout est détruit en Iran ». Ces déclarations visent avant tout à rassurer face aux signes de fébrilité de l’économie mondiale.

Inquiétudes sur les prix de l’énergie

En effet, l’arrêt du transit par le détroit d’Ormuz a fait bondir les prix du gaz et du pétrole, autour de 100 dollars le baril et 55 euros le MWh (mégawattheure). La crainte est une spirale classique : hausse des coûts de production, ralentissement de la croissance, montée du chômage et de l’inflation — un mécanisme déjà observé en 2022-2023 et surtout lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979.

Ces inquiétudes sont fondées. Le détroit concentre 20 % des flux mondiaux de gaz liquéfié et 25 % du pétrole (brut et produits raffinés). Il est un nœud stratégique majeur pour l’approvisionnement de l’Asie, atelier du monde, ce qui signifie qu’un choc de coûts peut se diffuser à l’ensemble de l’économie mondiale. Il concerne aussi 30 % des engrais et 90 % du blé consommé au Moyen-Orient. Et le pétrole représente près de 50 % des recettes fiscales des pays du Golfe.

Par ailleurs, la riposte iranienne a profondément déstabilisé les chaînes de raffinage, de stockage et de distribution : le champ pétrolier géant de Shayba, à la frontière des Émirats arabes unis, est fermé ; les ÉAU ont stoppé la raffinerie de Ruwais, l’une des plus grandes au monde ; le Qatar a fermé sa principale usine de gaz liquéfié. La remise en route prendra plusieurs semaines, et davantage encore pour retrouver des ­capacités normales.

Des effets immédiats limités

Ce qui explique les signes de fébrilité des derniers jours : une réunion spécifique du G7 sur les conséquences économiques de la guerre a été convoquée. Le Japon, puis l’Allemagne et les États-Unis ont puisé dans leurs stocks stratégiques, tout comme l’Agence internationale de l’énergie (AIE), à hauteur de 400 millions de barils, pour la première fois de son histoire. Cette mobilisation exceptionnelle a sans doute rassuré populations et entreprises, sans pour autant avoir d’effet significatif sur les marchés.

Et pour cause, les effets économiques de la guerre restent pour l’instant relativement limités. Certes, le cours de l’or progresse et les prix du pétrole et du gaz demeurent élevés. Mais on est loin des chocs de 1973, où le prix du baril avait doublé instantanément. Même constat pour le gaz en 2022 (Ukraine) : autour de 60 euros le MWh début mars, contre près de 335 euros en août.

Surtout, même s’ils restent flous, les objectifs économiques de guerre sont bien intégrés par le capital étatsunien : l’économie n’est pas la victime de la guerre de Trump, mais l’un de ses moteurs. Celle-ci répond à des problèmes d’accumulation, où le contrôle politique d’un pétrole bon marché devient central. La réaction limitée des marchés financiers et l’afflux de capitaux vers les États-Unis — visible dans l’appréciation du dollar — indiquent que cette guerre n’est pas perçue, à ce stade, comme une aventure déraisonnable, dans un contexte d’offre pétrolière structurellement excédentaire et de possible retour du pétrole vénézuélien sous contrôle étatsunien, exerçant une pression à la baisse sur les prix.

La durée de la guerre, enjeu décisif

Le problème des couches dirigeantes aux Etats-Unis réside dans la durée. À court terme, les États-Unis sont relativement protégés grâce à leurs stocks et à leur production domestique. 

La banque centrale étatsunienne montre toutefois des signes d’inquiétude face à un possible retour de l’inflation. Si l’Union européenne, l’Asie et le Sud global seront les premiers touchés, l’interdépendance des marchés finira aussi par atteindre les États-Unis. 

Dans un contexte de forte contestation interne, de divisions au sein de la base MAGA et d’échec de la politique protectionniste — tant sur l’industrialisation et l’emploi que sur le niveau de vie — un enlisement pourrait s’avérer coûteux pour Trump. Les logiques d’interdépendance économique pourraient alors devenir déstabilisatrices pour l’économie mondiale.

William Donaura