Les bombardements sur Beyrouth sont effroyables. La « reprise » des hostilités — mais Israël n’a jamais réellement respecté le cessez-le-feu — depuis la guerre en Iran a coûté la vie à plus d’un millier de LibanaisES et déplacé presque un million de personnes. D’habitude épargnés, les quartiers chrétiens sont ciblés.
Le développement le plus marquant concerne la frontière sud. Les images satellites montrent plusieurs localités rasées dans la zone frontalière avec le nord d’Israël. Le ministre de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes ne quitteraient pas le sud du Liban, faisant écho à Benjamin Netanyahou, qui a ordonné à l’armée d’étendre son contrôle jusqu’à 10 kilomètres à l’intérieur du territoire libanais afin de créer une « zone tampon de sécurité ». L’armée israélienne a déployé quatre divisions à la frontière et poursuit sa progression.
La même stratégie qu’à Gaza
L’invasion israélienne du Liban est une répétition des offensives précédentes : ordres aux civils de quitter leurs villages du sud, déplacement de près d’un million de LibanaisES, bombardement des infrastructures — en particulier des ponts sur le Litani, fleuve emblématique de la frontière du « Grand Israël » —, combats dans et autour des villages. Tout cela relève d’un déjà-vu depuis au moins 50 ans.
La différence notable est que la destruction des infrastructures n’est plus seulement une stratégie de guerre. Elle s’inscrit désormais dans une « nouvelle » doctrine : occuper de nouvelles zones, les dépeupler, puis les contrôler de manière permanente, élargissant ainsi de facto les frontières d’Israël.
En effet, les forces israéliennes ont multiplié les explosions et procédé à des démolitions à grande échelle, visant des villages et des infrastructures — hôpitaux, hôtels, centrales électriques, etc. — dans tout le sud du pays. Cette tactique est identique à celle mise en œuvre à Gaza, avec pour objectif explicite de chasser définitivement les PalestinienNEs de zones entières rendues inhabitables, réduites à un amas de gravats et de ruines.
Israël prépare cette offensive depuis 20 ans
L’offensive du Hezbollah a servi de prétexte au déploiement d’un plan d’action de plus en plus colonial. Israël lorgne sur le sud du Liban depuis des décennies, dans un espace marqué par une frontière historiquement construite. À l’origine, deux gouvernorats structuraient la région, d’est (Acre) en ouest (Haïfa), et l’épuration ethnique au moment de la Nakba a renforcé les liens entre le sud du Liban et la Palestine, avec une forte proportion de réfugiéEs.
Israël préparait la guerre contre le Hezbollah depuis son retrait du sud du Liban en 2000 et la défaite de 2006. En 2024, il a tout mis en œuvre contre la seule force militaire de la région lui ayant infligé une défaite : les bipers, les 72 bombes d’une tonne larguées sur le bunker de Nasrallah, ainsi que la doctrine Dahiya, qui cible les civils de manière disproportionnée. Même si le Hezbollah a subi des pertes conséquentes, il reste une menace, ce qui explique la situation actuelle.
L’enjeu central de l’unification de la résistance
Israël poursuit un autre objectif : disposer d’un État libanais aux ordres, qui mènerait à sa place l’éradication du Hezbollah et préparerait le terrain à la normalisation. Pour cela, il attise les conflits interreligieux et la division du pays, fait porter la responsabilité de ses frappes génocidaires sur le parti chiite et feint de s’intéresser à certaines minorités, comme les druzes.
Il s’agit d’actions coloniales permanentes, qui répètent des logiques à l’œuvre depuis 1948, de l’invasion de 1978 à l’occupation à partir de 1982, jusqu’au retrait de 2000. La principale différence tient à la droitisation du champ politique en Israël, mais surtout en Occident, qui permet aujourd’hui à cet État de bénéficier d’une impunité quasi-totale.
La réponse passe par une résistance unitaire, construite par en bas, qui dépasse les clivages confessionnels et permette d’unifier l’ensemble des groupes de résistance. Il n’y aura pas de liberté au Liban tant que planera la menace de l’État colonial.
Comme le dit l’appel de plusieurs organisations politiques libanaises : « Mobilisons-nous à travers le monde pour rejeter la mécanisation des systèmes génocidaires, en nous unissant où que nous soyons pour démanteler le système expansionniste et colonialiste qui cherche à dominer notre planète. »
Édouard Soulier