La guerre israélo-étatsunienne contre l’Iran est entrée dans sa troisième semaine, dépassant déjà la durée de la guerre des douze jours déclenchée par Netanyahou en juin dernier.
Elle ne se limite pas à l’élimination des dirigeants iraniens ou à la destruction d’infrastructures militaires et nucléaires : les destructions sont massives et la vie des populations civiles est profondément bouleversée. Les bombardements touchent les zones résidentielles et les infrastructures industrielles, causant de nombreuses victimes civiles. Le bilan humain s’alourdit, certaines ONG évoquant plus de 5 000 mortEs depuis le 28 février.
Des conditions de vie très dégradées
Trump s’est engagé dans cette guerre sans réelle perspective politique. Il espérait fissurer le régime iranien et trouver des interlocuteurs, mais la pression sécuritaire empêche toute voix dissidente. Netanyahou, de son côté, a un objectif clair : poursuivre sa guerre illimitée pour affaiblir les pays de la région et faire d’Israël la puissance dominante au Moyen-Orient.
La situation se dégrade fortement en Iran. L’inflation et les pénuries s’aggravent, tandis que la répression s’intensifie. La population est étroitement surveillée, Internet est restreint et les villes sont quadrillées de checkpoints. La pression augmente notamment au Kurdistan.
Dans les prisons, les conditions de détention se détériorent : à la prison d’Evin, l’électricité dépend d’un générateur, l’eau chaude est coupée et les familles sont sans nouvelles de leurs proches. Face aux défections du personnel pénitentiaire, des Gardiens de la révolution assurent souvent le contrôle.
Conscient qu’une campagne de bombardements ne suffira pas à le renverser, le régime, et notamment les Gardiens de la révolution, se donne tous les moyens pour se maintenir au pouvoir.
Riposte militaire asymétrique
Militairement, la riposte iranienne est asymétrique et vise à accroître le coût du conflit pour l’économie mondiale. Le détroit d’Ormuz, par où transite près de 25 % du pétrole mondial, est devenu un point de tension majeur. Malgré ses déclarations affirmant l’anéantissement des capacités militaires de l’Iran, Trump envoie des renforts et appelle ses alliés, dont l’OTAN, à sécuriser le flux de pétrole, tout en faisant face à une opposition croissante dans son pays.
En bombardant les installations militaires de l’île iranienne de Kharg, les États-Unis ont soigneusement évité de frapper les infrastructures pétrolières et les terminaux qui servent à l’exportation de près de 90 % du pétrole iranien. Alors que le prix du baril avoisine les 100 dollars, que les réserves d’urgence sont désormais utilisées, une accélération de la crise énergétique est à craindre. Le prix des produits raffinés a augmenté bien plus que celui du baril de pétrole. La hausse des prix se diffuse à l’ensemble des chaînes de valeur, et provoque une spirale inflationniste qui inquiète les dirigeants occidentaux. Si Trump épargne les infrastructures pétrolières de l’Iran, c’est qu’il rêve de les faire fonctionner pour ses intérêts.
De son côté, la République islamique d’Iran menace de cibler les entreprises pétrolières du Golfe si les États-Unis et Israël venaient à détruire les installations iraniennes. Il faut dire que le pétrole est la principale ressource du régime et une source d’enrichissement de ses « élites ».
Aujourd’hui, pris en étau entre la guerre impérialiste et la dictature, les peuples n’aspirent qu’à une chose : que cette guerre puisse se terminer rapidement et qu’enfin les luttes sociales et démocratiques puissent reprendre, afin d’en finir avec la République islamique d’Iran.
Babak Kia