Publié le Mardi 20 octobre 2026 à 12h41.

Dixième anniversaire du démantèlement de la « grande jungle » de Calais

À la frontière entre la France et l’Angleterre : toujours la même politique d’exclusion et de violence.

Les associations qui interviennent auprès des exiléEs qui veulent rejoindre l’Angleterre organisent à Calais la commémoration du 10e anniversaire du démantèlement de la « grande jungle », qui a eu a eu lieu du 24 au 27 octobre 2016, et dénoncent la politique de non-accueil et les conditions indignes dans lesquelles vivent les exiléEs.

On cherche à les invisibiliser, mais ils sont toujours là !

Depuis les Kosovars fuyant la guerre dans l’ancienne Yougoslavie à la fin des années 1990 jusqu’aux Soudanais d’aujourd’hui, les flux de réfugiéEs pour tenter de passer en Angleterre n’ont jamais cessé. Tous les gouvernements anglais et français ont cherché comment les en empêcher. L’Angleterre les attire parce qu’ils connaissent la langue, espèrent y trouver facilement un travail, ou parce qu’ils y ont déjà un point de chute… Et beaucoup d’entre eux ont déjà été rejetéEs par l’Europe. Pour celleux qui ont traversé la Méditerranée ou la moitié de l’Europe, les côtes anglaises sont si proches, visibles à l’œil nu. Ils étaient plus de 10 000 dans le hangar de Sangatte en 2002, ils sont toujours plusieurs milliers éparpilléEs le long de la côte, principalement à Calais et dans le Dunkerquois.

Tu ne peux pas sortir, tu ne peux pas rester !

Pas question de les laisser passer : France et Angleterre s’accordent : les accords du Touquet (2003) délocalisent la frontière sur la côte française. Le port se hérisse de barbelés tranchants, les polices contrôlent avec des moyens toujours plus efficaces les tentatives de passage par camion ; les passeurs imaginent alors de faire traverser la Manche avec des bateaux pneumatiques. La police crève les bateaux.

Pas question non plus de les laisser rester : après la destruction du hangar de Sangatte en 2002, les réfugiéEs se dispersent dans des squats à Calais. Les usines et hangars désaffectés ne manquent pas dans une ville en pleine désindustrialisation. Les autorités pensent alors trouver une solution pour « nettoyer » Calais : regrouper les migrantEs sur une zone de landes : ce sera la « grande jungle ».

Pendant plus d’un an (printemps 2015-septembre 2016) se crée un énorme bidonville, sur une ancienne décharge au pied d’usines classées Seveso. Lieu insalubre, mais vivant, multiculturel, avec des lieux de vie faits de bric et de broc (restaurants, magasins, église, mosquées, etc.) et dans lequel des militantEs (surtout anglaisEs) montent une école, une bibliothèque, un théâtre, une cabane juridique… Mais comme pour le hangar de Sangatte, l’État dénonce « l’appel d’air » que constituerait ce camp.

C’est un ministre socialiste, Bernard Cazeneuve, qui met fin à la « jungle » en septembre 2016, en démantelant le site sous les yeux de la presse mondiale. CertainEs parmi les bénévoles ont cru aux promesses faites alors : un passage légal vers l’Angleterre… Mais rien n’a changé.

Alors les exiléEs, toujours des milliers, se dispersent un peu partout sur le littoral, depuis la Belgique jusqu’à Cherbourg, avec deux lieux principaux, Calais et le Dunkerquois, à proximité de la mer pour s’embarquer sur les « taxi-boats ».

Une politique sans aucune humanité, un territoire qui se militarise

La doctrine de l’État : zéro point de fixation. Les exiléEs survivent dans des conditions de vie indignes. Calais se barricade de barbelés et s’enroche pour les empêcher de poser leur tente, de se réfugier sous les ponts ; bientôt, ce sera le tour de l’ouest de Dunkerque où les espaces sont systématiquement déboisés et où apparaissent les premiers murs. Les policiers traquent les migrantEs dans les dunes, avec leurs 4 × 4 et leurs grenades lacrymogènes. Plusieurs fois par semaine, ils détruisent les lieux de vie, si misérables soient-ils. La justice a condamné l’État à répondre à des besoins fondamentaux (douches, toilettes, repas), mais c’est très insuffisant, et ce sont les associations qui assurent l’essentiel pour la survie des exiléEs. Hier, l’association Salam a distribué 1 300 repas sur le camp de Loon-Plage. Jusqu’à quand ?

Une politique meurtrière : la frontière tue !

Depuis 2016, 338 morts dans les tentatives de passer la frontière : l’État accuse les passeurs et se décharge de sa propre responsabilité. Le procès du naufrage de novembre 2021 (31 morts et des disparus) vient de se terminer à Paris, mais il y manquait les militaires du CROSS (organe militaire chargé de la sécurité maritime) qui seront jugés à part.

Une autre politique est possible : celle de l’hospitalité, du droit et de la dignité

Une seule solution : l’ouverture des frontières !

Correspondant Dunkerque