Publié le Vendredi 13 février 2026 à 14h00.

Un 6 février contre le régime de mort aux frontières

Les 6 et 7 février, à l’appel des familles et proches des disparuEs aux frontières, de nombreuses mobilisations se sont tenues, de Paris à Oujda, de Vintimille à Calais, aux frontières catalane et basque et sur toutes les frontières intérieures et maritimes, pour rendre hommage aux victimes des politiques mortifères de l’Union européenne (UE).

Cette journée internationale de Commemor’Action rappelle que le 6 février 2014, plus de 200 personnes, parties des côtes marocaines, ont tenté d’accéder à la nage à la plage de Tarajal, dans l’enclave coloniale espagnole de Ceuta, et ont trouvé la mort sous les balles de la Guardia civil qui a laissé les personnes se noyer devant elle.

Tuer et laisser mourir

Depuis, cette barbarie n’a cessé de se développer, assumée par tous les gouvernements de l’UE et des régimes à leur solde sur le pourtour méditerranéen et à l’intérieur du continent africain. À la manœuvre, Frontex, l’armée surarmée raciste dont s’est dotée l’UE pour se protéger de l’ennemi qu’elle s’est inventé : les migrantEs qui fuient les pays ruinés et mis à feu et à sang par les politiques impérialistes et néocoloniales.

Laisser mourir ces « indésirables » est leur politique et tous les moyens sont bons. Le sinistre bilan : 75 000 personnes mortes ou disparues depuis 10 ans sur les chemins de l’exil, et les drames s’enchaînent dans la plus grande indifférence des États responsables de cette hécatombe.

Naufrages évitables

Les 19 et 20 janvier, « la plus grande tragédie de ces dernières années le long des routes de la Méditerranée centrale », selon l’ONG italienne Mediterranea Saving Humans. Au moins 1 000 exiléEs disparuEs dans le naufrage, causé par le cyclone Harry, de plusieurs bateaux partis de Sfax pour fuir la pression croissante de la police tunisienne, mais aussi sans que les garde-côtes tunisiens ne les dissuadent de prendre la mer !

22 novembre 2021 : naufrage d’une ­embarcation dans la Manche, 27 migrantEs mortEs. Plus de 4 ans après, une commission d’enquête vient de rendre enfin, le 5 février, ses conclusions. Elles mettent en cause un navire français et les garde-côtes britanniques dans le drame.

26 février 2023 : un bateau de migrantEs coule au large de Cutro (Calabre), 94 personnes périssent. C’est seulement le vendredi 30 janvier que s’est ouvert le procès de quatre agents des douanes italiennes et de deux membres des garde-côtes accusés d’être intervenus trop tard pour secourir le bateau.

Ouvrez les frontières ! 

Quand ce ne sont pas les garde-côtes ou les agents de Frontex qui refusent de porter secours aux naufragéEs, ce sont les flics de la police aux frontières (PAF) qui font le sale boulot dans la plus grande impunité. À Mayotte, en septembre 2025, une enquête de plusieurs médias a pointé la responsabilité de la PAF dans de nombreux naufrages dont sont victimes les ComorienNEs qui tentent de rejoindre Mayotte. Selon une « pratique habituelle », des vedettes de la PAF chargées d’intercepter les kwassa les font chavirer et même les percutent, provoquant blessures, mutilations, noyades.

Cette journée de Commemor’Action, c’est aussi refuser de considérer que certaines vies valent moins que d’autres. C’est une exigence de vérité, de justice et de réparation pour les victimes de la migration et leurs familles, pour les victimes du racisme des États. C’est un appel à développer et amplifier les actions de solidarité et résistances collectives, les mobilisations contre les violences policières, judiciaires et pénitentiaires, contre la criminalisation des personnes exilées, racisées et précarisées. Ouvrez les frontières ! Liberté de circulation et d’installation !

Josie Boucher