Cuba subit un durcissement du siège économique imposé par les États-Unis. Nouvelles sanctions, verrouillage financier accru, pression directe sur l’approvisionnement énergétique : le blocus vise l’asphyxie. Face à cette offensive, la solidarité internationaliste est une nécessité.
Cuba ne traverse pas une crise conjoncturelle. Elle affronte une politique d’asphyxie méthodique. Le blocus est l’instrument central d’une stratégie impériale de subordination. Depuis plus de soixante ans, Washington cherche non pas à « démocratiser » l’île, mais à démontrer qu’aucun peuple du continent ne peut s’arracher durablement à son ordre.
Le blocus comme arme politique
Après la disparition du bloc socialiste, loin de se relâcher, l’offensive s’est institutionnalisée. La loi Torricelli (1992) puis la loi Helms-Burton (1996) ont donné au blocus un caractère extraterritorial assumé : il ne s’agit plus seulement d’interdire, mais de punir quiconque commerce avec Cuba. La sanction devient une arme diplomatique. Plus récemment, l’inscription de Cuba sur la liste des « États soutenant le terrorisme » a servi de mécanisme d’exclusion financière quasi totale : comptes fermés, transactions bloquées, crédits rendus inaccessibles. Par exemple, BNP Paribas, frappée d’une amende record en 2014, a cessé ses opérations avec l’île : message reçu par l’ensemble du système bancaire mondial.
Le blocus ne constitue pas un contexte : il est une structure. Il renchérit chaque importation, entrave chaque investissement, complique l’accès aux médicaments, aux pièces industrielles et aux technologies. Il conditionne depuis des décennies les marges de développement de l’île.
Cette structure ne s’est pas figée : elle s’est approfondie. Entre 2017 et 2021, plus de 240 mesures supplémentaires ont été adoptées pour renforcer le blocus. L’administration suivante n’a pas démantelé cette architecture de sanctions. La continuité bipartisane confirme que le siège contre Cuba relève d’une stratégie impériale d’État, et non d’une simple alternance gouvernementale.
Parler de « problème (ou d’épuisement) du modèle » en faisant abstraction de cette contrainte relève soit de l’aveuglement, soit de la mystification.
Un saut qualitatif dans les sanctions
Le verrou énergétique actuel représente un saut qualitatif. En sanctionnant transporteurs et fournisseurs de pétrole, Washington vise un point névralgique : l’électricité, les transports, la production. Transformer la pénurie matérielle en désorganisation sociale, puis en crise politique. Même des gouvernements affichant leur solidarité, comme le Mexique, doivent composer avec la pression étatsunienne et ajuster leurs livraisons. Telle est la portée réelle de l’extraterritorialité : elle discipline les États autant que les entreprises.
Ce durcissement ne relève pas d’un caprice idéologique. Il s’inscrit dans une tentative plus large de reconsolidation hégémonique. Face au déplacement du centre de gravité mondial, Washington réaffirme son autorité dans son espace continental. Cuba demeure un précédent inadmissible : la preuve qu’une rupture est possible. C’est cette possibilité qu’il faut étouffer.
Défendre Cuba ne signifie ni idéaliser ni suspendre la critique. Cela signifie identifier l’ennemi principal et la contradiction centrale. On ne mène pas un débat abstrait sous un régime de siège.
La tâche internationaliste est concrète : briser le silence, exiger la levée des sanctions, combattre la propagande qui naturalise l’asphyxie. Il ne s’agit pas d’un soutien sentimental, mais d’un choix stratégique. La solidarité avec le peuple cubain est une ligne de front contre l’ordre impérial.
Nicolas Menna