La victoire écrasante de Péter Magyar met fin à des années de domination d’Orbán. Les raisons profondes de cette fin de règne sont avant tout économiques. Mais les promesses de changement sont limitées. Seules les mobilisations pourront imposer des ruptures avec les politiques antisociales et réactionnaires.
Aux élections de 2022, la coalition d’opposition, pourtant unie face à Orbán, avait recueilli moins de 2 millions de voix. Cette fois-ci, Tisza, le parti de Péter Magyar, en a eu plus de 3 millions, raflant 53,1 % des votes et 138 sièges de députéEs sur 199, et ce avec une participation de presque 80 %.
Pourquoi un tel raz-de-marée ? Les analystes mainstream parlent d’usure du pouvoir, de scandales judiciaires, de révolte anti-oligarque, de saturation face à la propagande éhontée, de fracture générationnelle, de réflexe pro-européen… mais en oublient la vraie raison : it ’s economy, stupid !
Un pays appauvri
Entre 2022 et 2026, l’économie hongroise a été touchée de plein fouet par la crise de l’industrie automobile allemande, dont la Hongrie était devenue l’atelier à bas coût depuis la chute du mur de Berlin. La pression sur les salaires a été très forte, au point que la Hongrie est devenue le pays le plus pauvre d’Europe, désormais dépassée par la Pologne et même par la Roumanie. Le salaire minimum brut n’est que de 838 euros et le salaire moyen brut de 1 200 euros, alors que l’inflation a écrasé les revenus entre 2022 et 2026, atteignant 25 % entre 2022 et 2024 pour redescendre vers 5 % ensuite.
Parallèlement, les services publics ont été laminés : les hôpitaux sont dans un état lamentable, les médecins et infirmierEs du secteur public émigrent ou vont dans le secteur privé, qui est inabordable pour le citoyen moyen, les écoles et universités se vident de leurs enseignantEs qui sont payéEs moins de 1 000 euros par mois.
À cela s’ajoute le gel des fonds européens, soit 17 milliards d’euros, à comparer au PIB annuel de la Hongrie de 200 milliards d’euros.
Rétablir la démocratie formelle
Péter Magyar a annoncé vouloir « rétablir l’état de droit », en limitant le nombre de mandats de Premier ministre à deux pour interdire à Orbán de se représenter, en remplaçant les têtes des principales institutions (présidence de la République, Cour suprême, Cour constitutionnelle, autorité des médias, autorité de la concurrence, Parquet) et en purgeant les médias publics. Orbán et ses sbires, décidés à bloquer tout changement, ont immédiatement crié à la violation de l’état de droit !
Poursuivre les politiques réactionnaires
Par contre, Péter Magyar n’a rien promis sur le plan social : fin de non-recevoir aux demandes syndicales comme la hausse des salaires, le rétablissement du droit de grève — quasiment interdit par la Constitution — l’abrogation de la loi permettant un recours quasi illimité aux heures supplémentaires (encore appelée loi BMW car demandée par la famille Quandt-Klatten pour construire une nouvelle usine) ; maintien des clauses anti LGBT et anti-avortement de la constitution (criminalisation de la « propagande » gay, famille réduite à un homme et une femme, obligation d’écouter battre le cœur du fœtus avant d’avorter) ; et il endosse sans broncher la politique d’Orbán anti-migrantEs et anti-droit d’asile.
La résistance commence sur les réseaux sociaux :le parti de Péter Magyar a déjà renommé FISZA (contraction de FIDESZ et TISZA) et ont dénoncé la candidature au poste de ministre de l’Éducation d’une ancienne directrice d’école privée pour filles connue pour ses opinions réactionnaires et ses penchants autoritaires ! Ce n’est qu’un début…
Janos, correspondant en Hongrie