L’abordage sanglant contre la Flottille de Gaza a suscité une vague de protestations internationale, mais aussi bon nombre de commentaires de soi-disant « experts », qui insistent quasiment tous sur la singularité de l’événement. Or, ce qui frappe est plutôt son inscription dans l’histoire israélienne. Rien de peut légitimer l’acte de piraterie d’Israël. Tout d’abord, l’assaut est illégal par nature puisqu’il s’est produit dans les eaux internationales. L’article 51 de la Charte des Nations unies encadre en outre le droit à la légitime défense : « dans le cas où un membre des Nations unies est l’objet d’une agression armée ». Or aucune menace militaire ne planait sur Israël, a fortiori de la part de navires battant pavillons de la Turquie et de la Grèce, États qui ne sont pas en guerre avec Israël. Mais Israël n’en démord pas : les agresseurs étaient bien sur les bateaux humanitaires, pas sur les navires de guerre ou dans les hélicoptères de combat. Israël se contente en fait de transposer aux passagers de la Flottille sa position « classique » à l’égard des Palestiniens. Alors que ces derniers subissent une occupation militaire prolongée, Israël a toujours fait de « la fin des violences » (y compris contre les troupes d’occupation), un préalable à toute négociation sérieuse. Les Palestiniens, victimes de l’occupation, sont devenus les agresseurs. « Israël se défend » ?Droits dans leurs bottes, les dirigeants israéliens assument l’abordage meurtrier. Ils « regrettent » les pertes humaines, mais affirment qu’Israël n’a fait que « se défendre » et que les responsabilités du bain de sang incombent aux passagers des bateaux. Là aussi, ce qui frappe est la continuité. Lors de la guerre contre le Liban, à l’été 2006, Israël affirmait « se défendre » contre le Hezbollah, le rendant responsable des 1 300 morts libanais (contre 48 morts israéliens). À l’hiver 2008-2009, durant lequel Gaza a été soumise à un déluge de fer et de feu pendant trois semaines, Israël affirmait « se défendre » contre le Hamas, le rendant responsable des 1400 morts palestiniens (contre 13). On pourrait évoquer également la guerre de juin 1967, une guerre « défensive » au cours de laquelle Israël a quadruplé sa superficie et conquis, entre autres, les territoires palestiniens, toujours soumis au régime d’occupation militaire. Ou encore les années 1947-1948 durant lesquelles, pour se « défendre » contre les armées arabes, les milices sionistes ont expulsé 400 000 Palestiniens avant le début des hostilités (mai 1948). Tous Palestiniens !Il ne faut pas céder d’un pouce face à cette rhétorique, au nom de laquelle Israël et ses soutiens justifient, depuis plus de 60 ans, les pires atrocités. Ceux qui aujourd’hui cherchent des excuses à Israël, ou tentent de démontrer que le carnage de la Flottille est une « bavure », sont des incompétents ou des hypocrites. Ou les deux. Ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein : Israël s’est construit et se perpétue par la violence et la négation du droit. Le message est désormais clair : ceux qui voudront s’opposer à Israël pourront subir le même sort que les peuples de la région. Cette tragique communauté de destin (qui donne tout son sens au mot d’ordre « Nous sommes tous des Palestiniens »), peut et doit renforcer le mouvement de solidarité internationale, autour de deux axes : d’un côté, rompre l’isolement des Palestiniens ; de l’autre, isoler l’État d’Israël. Il n’y aura pas d’autre solution pour que les massacres et le déni des droits humains cessent une bonne fois pour toutes. Julien Salingue