Un an après la reconnaissance par la France de l’État de Palestine, les discours ne cachent pas la réalité des actes : celle d’une complicité persistante avec le génocide et la colonisation.
Le Quai d’Orsay célèbre le premier anniversaire de la reconnaissance de l’État de Palestine par la France, annoncée par Emmanuel Macron à l’ONU le 22 septembre 2025. Il la présente comme l’aboutissement de l’initiative menée avec l’Arabie saoudite en faveur de la solution à deux États, que l’Assemblée générale des Nations unies avait entérinée le 12 septembre 2025, dix jours plus tôt.
Une reconnaissance factice
« Pourtant, la France a reconnu la Palestine : pourquoi serait-elle complice du génocide ? », s’étonnait Nicolas Demorand face à Annie Ernaux, qui venait d’apporter son soutien à Adèle Haenel. On pourrait lui répondre que la reconnaissance n’empêche pas la complicité. Mais le plus simple est de confronter les paroles aux actes.
La résolution du 12 septembre 2025 a très mal vieilli. Elle réclamait la libération des otages, un cessez-le-feu, l’entrée de l’aide humanitaire et, bien sûr, une « nouvelle » gouvernance à Gaza. Une année plus tard, les exigences adressées aux PalestinienNEs ont été satisfaites. Celles qui concernaient Israël sont restées lettre morte.
La France a reconnu la Palestine, mais pas les PalestinienNEs. La résolution et la reconnaissance lui ont surtout permis de se donner, à peu de frais, un rôle sur la scène internationale. Mais quel État a-t-elle reconnu ? Celui que prétend incarner l’Autorité palestinienne, corrompue et discréditée, qui peine à dissimuler sa coopération avec l’État israélien et demeure impuissante là où elle exerce effectivement une part du pouvoir, en Cisjordanie occupée. La France a reconnu la Palestine, tout en cherchant à s’ingérer dans le processus électoral pour favoriser l’Autorité palestinienne au détriment des autres forces politiques.
Condamnations verbales
Le gouvernement ne fait jamais mention du génocide ni des crimes de guerre commis par Israël. Depuis l’instauration du prétendu cessez-le-feu, Gaza a peu à peu disparu des sempiternels communiqués « La France condamne ». Comme si plus rien ne méritait son attention — sauf lorsqu’il s’agit de condamner le Hamas.
La diplomatie française a beaucoup condamné ce qui se passe en Cisjordanie cette année, la plus terrible qu’aient vécue les PalestinienNEs de ce territoire occupé. Elle a condamné les exactions des colons, mais aussi les réponses, qu’elle qualifie de « terroristes », de celles et ceux qui les subissent. Inutile d’insister sur le faible effet concret de ces communiqués et résolutions.
La France a demandé des enquêtes sur les exactions commises par les soldats israéliens et les colons. Selon B’Tselem (association israélienne de défense des droits humains), entre 2016 et 2024, 2 427 plaintes ont été déposées par des PalestinienNEs de Cisjordanie contre des militaires, mais des enquêtes n’ont été ouvertes que dans 22,7 % des cas et moins d’une plainte sur cent (0,9 %) a abouti à une mise en accusation. La France, elle, pourrait agir. Or les soldats israéliens circulent librement en Europe, France comprise.
Complicité réelle
Aucune véritable sanction n’a été prise. Certes, sous la pression et face aux exactions israéliennes, la France a annoncé le blocage des produits issus des colonies. Mais se conformer au droit européen n’est pas une sanction. Et il faudra attendre la mise en œuvre effective de cette mesure pour en évaluer l’impact.
La France autorise toujours le transit d’armes par ses ports et ses aéroports, tandis que des entreprises françaises fournissent des composants entrant dans la fabrication des avions qui bombardent Gaza. Elle prétend respecter le droit international, mais refuse d’arrêter Netanyahou et le laisse traverser son espace aérien. Elle ne tire aucune conséquence du risque de génocide relevé par la CIJ et continue de défendre les partenariats universitaires.
CertainEs dénoncent réellement les complicités : Adèle Haenel, Annie Ernaux ou Macklemore, dont l’éviction des concerts d’Ed Sheeran a entraîné le retrait de tous les groupes de la tournée de la mégastar. En comparaison, Paris paraît bien lâche. La France et Ed Sheeran ont un point commun : ils se foutent du peuple palestinien, et c’est précisément ce qui les rend complices du génocide.