Publié le Mercredi 26 février 2025 à 15h00.

En finir avec l’impunité de l’enseignement catholique !

Mediapart révèle une série de scandales et de dissimulations entourant l’établissement catholique Notre-Dame-de-Bétharram, situé près de Pau, où des violences physiques et sexuelles ont été perpétrées pendant des décennies.

 

François Bayrou, actuel Premier ministre et ancien maire de la ville, est au cœur de ces révélations, accusé d’avoir menti sur sa connaissance des faits et d’avoir protégé l’institution.

L’État alerté des maltraitances, il y a trente ans

Dès 1993, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques était informée des violences à Bétharram, notamment du cas d’un élève dont le tympan avait été perforé par un surveillant. François Bayrou, alors ministre de l’Éducation, n’a pas réagi. En 1996, une nouvelle affaire a conduit à une condamnation, mais il a continué à défendre l’établissement, affirmant qu’il n’était au courant de rien. Les médias locaux et nationaux avaient pourtant largement couvert ces affaires.

Encore actuellement, François Bayrou a affirmé sans sourciller à l’Assemblée nationale ne jamais avoir été informé des violences à Bétharram, où ses enfants étaient scolarisés. Pourtant, les témoignages d’une victime et d’une enseignante contredisent les ­déclarations du Premier ministre.

Un silence complice

Le juge Christian Mirande, qui a enquêté sur les viols à Bétharram en 1998, confirme avoir rencontré François Bayrou à l’époque. Celui-ci, inquiet pour son fils scolarisé à Bétharram, aurait sollicité cette rencontre informelle. Le juge affirme l’avoir informé des faits établis contre le père Carricart, directeur de l’établissement, accusé de viols sur mineurs. Le ministre nie cette rencontre, mais le juge maintient sa version, soulignant son implication dans l’affaire. Un gendarme chargé de l’enquête en 1998 accuse Bayrou d’être intervenu dans la procédure judiciaire. Le juge estime ce témoignage crédible. Un avocat a demandé l’ouverture d’une enquête pour entrave à la justice, soupçonnant Bayrou d’avoir influencé la libération du père Carricart. Ce dernier s’est suicidé en 2000 après une nouvelle convocation judiciaire.

François Bayrou a beau tenter de minimiser et de dissimuler les abus à Bétharram, les alertes et les preuves disponibles sont implacables. Les victimes et leurs familles continuent de chercher légitimement justice, tandis que l’implication du Premier ministre est telle qu’il n’aurait, dans un État démocratique digne de ce nom, d’autre choix que de démissionner.

Bétharram, un système

L’actualité récente a montré d’autres cas où des responsables politiques sont complaisants avec l’enseignement privé catholique. L’affaire Stanislas par exemple, lorsque la ministre Amélie Oudéa-Castéra, elle aussi ministre de l’Éducation, scolarisait ses enfants dans cet établissement élitiste financé sur fonds publics, dans lequel des violences, des propos sexistes et homophobes sont également démontrés. Ainsi, c’est bien le manque de contrôle de ces établissements qui pose problème. La Cour des comptes et un rapport parlementaire pointent le manque de visibilité donné à l’usage de l’argent public au sein de l’enseignement privé sous contrat. Les établissements catholiques (qui représentent l’immense majorité de l’enseignement privé sous contrat) sont financés à plus de 70 % par l’État, et pourtant il est noté que peu de contrôle est exercé sur ce qu’il s’y passe. Ainsi à l’échelle nationale, la probabilité d’une inspection sérieuse des pratiques d’un établissement comme Stanislas ou Bétharram est de l’ordre d’une tous les 1 500 ans !

L’État doit cesser de financer le privé !

Ces affaires révèlent la nécessité de justice pour toutes les victimes mais aussi l’impérieuse nécessité de cesser de financer ces établissements. L’argent public doit aller exclusivement à l’école publique ! Celle-ci, malgré ses manquements, est beaucoup plus démocratique car elle ne sélectionne pas les enfants qu’elle accueille et est beaucoup mieux contrôlée par l’institution. C’est bien de démocratisation de l’école dont la société a besoin, d’une école publique financée à hauteur des besoins et contrôlée par celles et ceux qui font l’école (élèves / étudiantEs / parentEs et personnels).

Camille Sediart