L’agitation politico-économico-militaire est permanente. En mars 2025, pas une semaine sans sommet européen avec défilé de chefs d’État et de militaires qui agitent des chiffres avec de nombreux zéro et des hypothèses stratégiques dans de tonitruantes déclarations.
En petit chef d’orchestre, Emmanuel Macron se démène pour se placer au centre, « initiateur », « démiurge », dans un jeu de mises en scène, évidemment complaisamment relayées par tous les grands médias. De quoi donner le tournis et insuffler une inquiétude bien compréhensible. Alors comment faire la part des postures, des objectifs des dirigeants politiques et des dirigeants économiques ? Comment ne pas perdre de vue les besoins et les intérêts des salariéEs, de la jeunesse, de toutEs les exploitéEs et oppriméEs ?
Exploiter la peur, maximiser les gains
Le grand chambardement par Donald Trump des rapports de forces et alliances de ces dernières décennies, dans un contexte de guerre économique exacerbée et de guerre en Europe, donne des sueurs froides aux classes dirigeantes européennes. Dans le même temps, il leur ouvre de nouveaux appétits et de nouveaux horizons pour étendre leur domination et maximiser la rentabilité des rapports d’exploitation sur les populations en Europe et dans le reste du monde. Les classes dominantes européennes sont confrontées à des coûts de matières premières élevés et à une perte de maîtrise sur les chaines de production et leurs cascades de sous-traitance à l’échelle internationale. Elles font face aussi à un rétrécissement des marchés et un prolétariat qui, en Europe, impose encore un partage des richesses créées par son travail beaucoup trop élevé à leurs yeux. Dans ce contexte, elles tentent donc de tirer profit des inquiétudes suscitées…
Économie de guerre : jackpot patronal, facture sociale
L’invocation d’une « économie de guerre » qu’il faudrait préparer vise à faire accepter de possibles reconversions de productions industrielles ayant perdu trop de rentabilité, en industries d’armement. Avec des attaques contre les conditions de travail et les salaires qui pourraient dynamiter ce qu’il reste de droits collectifs protégeant les salariéEs, ces fameuses « contraintes » patronales. L’objectif est de récupérer tout ce qui est possible aussi bien sur la protection sociale (666 milliards en France de dépenses pour la Sécurité sociale pour 2025 quand les dépenses totales de 2023 atteignaient 880 milliards) que sur l’épargne des « ménages » incités à participer aux efforts pour le réarmement. Tous les discours sur les menaces de guerre sont des arguments de panique morale pour créer au moins une acceptation passive et la justification du renforcement des politiques de surveillance policières.
Le pouvoir aux travailleurEs, pas aux marchands d’armes
Il est déterminant pour le camp des exploitéEs et des oppriméEs de résister à cette panique et de clarifier les enjeux pour prendre confiance dans nos propres forces. Une économie de guerre n’a rien à voir avec les objectifs discutés par les dirigeantEs de l’Union européenne. Ce n’est pas le passage de 2 à 4 % du budget de l’armement dans le PIB qui permettrait à ces pays de faire face à une guerre. L’Ukraine, vraiment en guerre, dépense 37 % de son PIB, cela représente une augmentation de 1 272 % depuis 2014. Un tel basculement n’est possible que parce qu’il y a les conditions politiques d’un consensus : la détermination à résister à l’occupation. Ce qu’envisagent les classes dirigeantes c’est d’augmenter leur prédation contre les travailleurEs ici, et contre les peuples du monde en vendant des armes pour alimenter les guerres locales (Congo, Soudan), ou à des régimes autoritaires.
Alors s’opposer à ces politiques c’est d’abord défendre une reconversion des industries polluantes (dont celles autour de la Tech) qui obèrent l’avenir de la planète et donc de l’humanité. C’est défendre le droit de toutes et tous de mener une vie digne débarrassée de toute oppression, qu’elle passe par l’exploitation de notre force de travail, le genre, la racialisation, le validisme ou le spécisme. Ce qui signifie prendre en main nous-mêmes les affaires du monde. Cela commence avec l’expérimentation de nos capacités à nous organiser, nous mobiliser, pour imposer les mesures les plus urgentes : arrêt et reconversion des industries fossiles pour répondre aux besoins vitaux, augmentation des salaires directs (un revenu décent de l’adolescence à la retraite et face aux accidents de la vie) et indirects par le développement de la protection sociale et des services publics de santé, d’éducation, du logement et de l’énergie, de la culture et des loisirs.
Cathy Billard