Donc une petite page se tourne. Les anticapitalistes avaient deux éluEs depuis 6 ans mais pour cette élection nous n’avons pas répété l’exploit de 2020, à savoir une qualification pour le second tour après nos 11,77 % du premier tour et près de 10 % au deuxième.
Il faut rappeler que le contexte social lors de la campagne de 2020 était la mobilisation en défense des retraites, ça changeait quand même un peu l’ambiance. Ce sont d’ailleurs ces manifestations qui avaient été déterminantes jusqu’à permettre la construction d’une liste unitaire et radicale.
Les enjeux institutionnels ont pris le dessus
Contrairement à 2020, l’unité avec les camarades de LFI n’a pu être reconduite. En effet, en l’absence des luttes, ce sont les enjeux institutionnels qui ont pris le dessus dans les discussions entre le groupe d’éluEs de Rouge Bordeaux Anticapitalistes soutenu par le NPA-A, qui proposait de partir sur les bases de 2020, et l’équipe LFI qui avait déjà commencé sa campagne sur d’autres bases politiques.
En effet, pour LFI, il n’était plus question de mettre les luttes en avant, pas plus que l’activité d’opposition de gauche anticapitaliste à la gauche libérale au pouvoir durant le mandat. LFI avait d’abord tenté de faire liste commune avant le premier tour avec l’équipe Vert-PS-PC qui pourtant venait de décider l’armement de la police municipale, une « gauche » qui n’avait pourtant jamais mené une politique sociale, écologique ou démocratique. LFI affichait son ambition de fusionner au second tour avec cette gauche libérale. Pour nous c’était incompréhensible et surtout inacceptable.
Bon finalement, la « gauche » libérale a perdu, permettant, après avoir mené une politique de droite, le retour de la droite, qui semble toujours plus douée pour le faire. Finalement, il n’y aura plus d’opposition anticapitaliste, une opposition indépendante, militante.
C’est dommage, car c’est une voix de critique du système et d’expression de la colère sociale qui manquera.
C’est dommage car c’est un début d’expérience militante qui ne sera pas prolongée et renforcée.
Continuer l’activité militante sur la base de notre expérience
Mais nous avons mené la bataille le plus loin possible. Après l’échec de l’unité, nous avons hésité mais nous sommes quand même partiEs en campagne en janvier. En 5-6 semaines, nous avons construit une liste de 67 noms, reconstruit une équipe militante, des nouvelles personnes nous ont rejointEs, des jeunes et moins jeunes déjà militantEs ou pas dans des associations ou des syndicats, retrouvant une dynamique qui nous a permis, avec nos petits moyens financiers (pas d’affiches, peu de tracts...), d’obtenir 5,12 % exactement avec 5 150 voix, ce qui constitue un score honorable et démontre une certaine légitimité, visibilité et reconnaissance du travail effectué ces dernières années.
À noter que LFI a très mal digéré sa défaite, n’obtenant pas les 10 % qui lui auraient permis d’aller au second tour, ni un score suffisant pour convaincre la gauche libérale d’accepter la fusion de liste proposée jusqu’au bout. LFI a accusé notre liste RBA d’être responsable de « sa » défaite, d’être des diviseurs, invisibilisant allègrement nos désaccords politiques et stratégiques.
Après avoir mené une campagne avec nos idées anticapitalistes, avec un programme dénonçant clairement des institutions antidémocratiques, soulignant la nécessaire autogestion populaire pour changer véritablement les choses, la liste RBA réfléchit maintenant à trouver les moyens de continuer son activité militante, dans la ville, pour tenter, sur la base de notre expérience d’éluEs, d’aider à la construction de collectifs de résistances dans les quartiers (logement, dispensaires de santé, transport, culture, démocratie locale…). Et aussi, dans le même temps, de tenter de reconstruire des liens militants fraternels au sein de la gauche dite radicale.
On a du boulot.
Philippe et Béatrice