Des délégations aux blocages, la solidarité avec les lycéenNEs de France devient une invitation à agir. Slogans, drapeaux et vidéos font circuler une même idée : ailleurs aussi, on peut relever la tête.
Le 13 octobre, Greta Thunberg vient soutenir les élèves du lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis. Son appel à les rejoindre dans la rue donne un visage à une solidarité qui dépasse les frontières. Mais celle-ci prend aussi la forme d’actions et de revendications communes.
« Faisons comme en France »
En Italie, les premières occupations touchent Turin et Rome dès les 5 et 6 octobre. Des délégations lycéennes et étudiantes viennent manifester à Paris. Le 16, à Turin, des étudiantEs préviennent : « Si les choses ne changent pas, nous ferons comme en France. » Le même jour, les cortèges italiens dénoncent le délabrement des établissements, la vie chère et le réarmement. « Personne n’est étranger », proclament-ils contre les quotas visant les élèves étrangers.
À Berlin, environ 150 élèves se rassemblent et bloquent le lycée français le 12 octobre. Le 16, des comités engagés contre le service militaire organisent un blocage à l’Andreas-Gymnasium, en solidarité avec la France et contre les coupes budgétaires. Une revendication relie les combats : « Les riches veulent la guerre, la jeunesse un avenir. »
En Belgique francophone, les manifestations d’élèves, particulièrement suivies à Liège depuis le 1er octobre, rejoignent une contestation de l’austérité scolaire engagée au printemps. L’écho français rencontre une colère déjà là.
À Athènes, le 13 octobre, des associations étudiantes affichent sur la place Syntagma une banderole en grec et en français : « Étudier ou survivre ? », adressée aux jeunes mobiliséEs en France.
Des symboles qui circulent
Ces liens passent aussi par un langage commun. Le pavillon pirate de One Piece, tête de mort coiffée d’un chapeau de paille, flotte dans les cortèges français après avoir accompagné les révoltes en Indonésie, au Népal et à Madagascar. La circulation se fait dans plusieurs sens : la jeunesse française puise elle aussi dans les luttes d’ailleurs.
« Bismillah, c’est les ténèbres » voyage à son tour. Tirée d’un message Snapchat attribué à un policier infiltré, la formule tourne en dérision une caricature de leur langage. Reprise par Greta Thunberg, elle apparaît sur des pancartes à Bruxelles le 9 octobre, puis dans des mobilisations italiennes et berlinoises. La plaisanterie, qui suscite aussi des critiques légitimes en raison de l’utilisation d’un terme sacré dans l’islam, devient un signe de reconnaissance et de solidarité.
C’est dans ce passage du soutien à l’action que se joue la contagion de la lutte. Les situations diffèrent, mais voir d’autres jeunes bloquer leur établissement et tenir tête au pouvoir rend la lutte plus imaginable. Les images témoignent de la répression ; elles montrent aussi la joie, l’entraide et la force du collectif. Face à l’austérité, au racisme et à la militarisation, ces échanges peuvent aider à transformer des colères dispersées en combats communs.