À l’hôpital public, au nom de la laïcité, des soignantes sont aujourd’hui ciblées et sanctionnées parce qu’elles portent un calot, une charlotte ou un bonnet de soin. L’islamophobie État prolonge sans cesse les dispositifs déjà instaurés à l’école contre les jeunes filles musulmanes.
Depuis la loi de 1905, la neutralité religieuse est la règle dans les services publics. Les débats sur l’identité nationale ont considérablement renforcé les dispositifs visant à « expliquer » et « appliquer » la laïcité en ciblant spécifiquement les musulmanEs : en particulier, c’est le port du voile qui est interdit, à l’hôpital comme ailleurs, pour les agentes du service public.
Une traque qui ne cesse de s’étendre
Depuis 2007, des « chartes de la laïcité » ont été rédigées pour renforcer les dispositifs de neutralisation religieuse. À partir de 2021, une version « renforcée » de la charte a été adoptée, affichée par l’AP-HP pour prendre des sanctions contre les agentEs qui ne respecteraient pas la laïcité. Or ce sont des agentes qui ne portent pas le voile dans leur service qui sont aujourd’hui poursuivies.
En cause ? Leur calot, leur charlotte ou leur bonnet de soin, utilisés lors des blocs opératoires ou lors des soins nécessitant de travailler en milieu stérile ou avec une grande nécessité d’hygiène.
Pressions et sanctions
Pour l’AP-HP, le port du calot en dehors de ces situations de soins spécifiques est un détournement des tenues professionnelles et doit donc être sanctionné. La possible compatibilité d’une prescription religieuse avec un uniforme professionnel fait l’objet d’une hyper-vigilance de l’employeur public qui harcèle les soignantes pour leur faire enlever leur calot, leur charlotte ou parfois leur masque chirurgical, et qui, de fait, organise une véritable traque aux musulmanes. Depuis plusieurs mois, les hôpitaux parisiens sont de plus en plus stricts et prennent des sanctions allant jusqu’au licenciement de Madjouline B. à la Pitié-Salpêtrière.
Ce qui se passe à l’hôpital ressemble à ce qui a été appliqué dans les écoles sur les jeunes filles musulmanes : interdiction du port du voile, mise en place de « chartes » qui accroissent la pression sur les concernéEs et finalement traque du vêtement — ici du calot, là de l’abaya.
Solidarité contre l’islamophobie
Depuis le licenciement de Madjouline, des dizaines de soignantes se sont mobilisées sur les réseaux sociaux pour protester et revendiquer le droit au port du calot.
Nous leur apportons notre solidarité et défendons :
- L’arrêt immédiat des poursuites contre nos collègues qui portent le calot ;
- L’abandon total de la notion même de détournement de tenues professionnelles ;
- L’abandon total de la notion de « signe religieux par destination » qui légitime la discrimination spécifique des musulmanEs ;
- L’arrêt du détournement même de la notion de laïcité : dans la plupart des pays, les femmes peuvent prodiguer des soins tout en portant des signes religieux.
Aurélie-Anne Thos, Édouard Soulier, Hafiza B. Kreje