Dans un contexte politique marqué par une très méthodique préparation au fascisme de la part de nos gouvernants, le préfet d’Ille-et-Vilaine, Franck Robine, fidèle parmi les fidèles, ex-chef de cabinet de Retailleau à l’Intérieur, a entrepris sur le terrain une véritable expérimentation réactionnaire concernant les mesures d’expulsion locative.
Le jeudi 9 avril, dans le cadre de la nouvelle loi sur le narcotrafic, cinq familles ont été traînées en justice au prétexte que l’un de leurs membres avait été impliqué dans une enquête liée aux stupéfiants. Le préfet de la honte, déjà bien connu pour ses activités hostiles aux migrantEs et aux sans-abri, par l’organisation de véritables rafles dans le métro de Rennes, ne va pas s’arrêter là puisqu’il annonce qu’il compte demander très rapidement l’expulsion de 17 familles des quartiers populaires.
Dangereuse expérimentation
Pour cela, il met en application la loi du 13 juin 2025, « visant à sortir la France du piège du narcotrafic », qui permet à un préfet de se substituer à un bailleur social et de faire expulser — par la voie judiciaire — les locataires qui « trempent » dans le trafic de drogue. À Rennes, neuf procédures judiciaires sont déjà en cours pour mettre fin au bail de familles dont un membre est « impliqué dans le trafic de drogue ». Il s’agit d’une expérimentation locale qui pourrait s’étendre à tout le pays si nous ne luttons pas dès maintenant pour la mettre en échec !
Le jeudi 9 avril, le jugement d’expulsion devait concerner cinq familles. Nous étions donc une bonne cinquantaine de personnes, rassemblées dès 9 heures devant le tribunal judiciaire de Rennes, à l’appel du collectif Rennes sud mobilisé, qui soutient les familles. Sa porte-parole nous a expliqué dans quelle mesure, depuis le passage de la loi contre le narcotrafic l’année dernière, des droits fondamentaux comme le droit au logement et le droit à la vie privée disparaissent au nom de la soi-disant « sécurité ».
Non aux expulsions !
La procédure a été abandonnée pour plusieurs familles, car l’État a dû lui-même se désister de ces dossiers, faute d’éléments de preuve. Une audience a été reportée. Une seule des procédures a donc été examinée le jour de notre rassemblement, ce qui n’est pas une brillante réussite pour ce préfet belliqueux ! Le jugement a été mis en délibéré au 5 mai.
C’est une maman seule qui est passée en audience le 9 avril. Elle vit avec ses trois enfants, dont le plus petit a trois ans. En bas de l’immeuble, un point de deal. Le fils aîné de la famille a été interpellé deux fois dans le quartier, « en possession de stupéfiants », placé sous contrôle judiciaire, et il a été condamné à des travaux d’intérêt général. Et c’est ce qui motive la scandaleuse demande d’expulsion !
Scandaleuse à trois égards : les faits reprochés au jeune homme sont dérisoires — on est bien loin des règlements de comptes à l’arme lourde que le préfet veut faire disparaître des quartiers rennais ! Et puis, le jeune homme en question a déjà été condamné pour les faits qui lui sont reprochés, et il purge sa peine. Il est donc menacé d’une double peine ! Enfin, depuis quand, dans ce pays, peut-on condamner toute une famille — ici une maman et ses deux autres enfants — pour les actes d’un seul de ses membres ?
CorrespondantE