Le 7 mars dernier, la médiathèque de Chambéry était en grève, avec le soutien des usagerEs, dont près de 1 000 ont déjà signé une pétition en appui à la mobilisation.
Dans les équipes, la colère gronde : derrière cette lutte qui dure depuis plusieurs semaines, c’est un service public fragilisé qui se dévoile, entre suppressions de postes, précarité et mépris du métier.
Austérité et conditions de travail dégradées
Parmi les revendications principales : la suppression annoncée de trois postes et le gel de trois autres. Une logique d’austérité qui alourdit immédiatement la charge de travail des équipes. Dans le même temps, plusieurs agentEs en CDD réclament leur titularisation, après des années à faire fonctionner les bibliothèques sans stabilité ni reconnaissance.
Les conditions de travail se durcissent également. Les agentEs se voient imposer des horaires décalés, pouvant aller jusqu’à 13 h-22 h, sans compensation salariale. Une flexibilité imposée qui bouleverse les rythmes de vie et nie la pénibilité du travail en soirée.
Invisibilisation du travail réel
Mais le cœur du problème est aussi ailleurs : dans l’invisibilisation du travail réel. Le métier ne se limite pas à l’accueil du public. Lecture, préparation d’animations, travail documentaire… autant de tâches essentielles souvent réalisées hors du temps de travail reconnu. Ce « travail invisible », indispensable au fonctionnement des bibliothèques, n’est ni compté ni rémunéré.
Cette situation entre en contradiction flagrante avec les discours politiques. Certaines structures, comme la BNR (bibliothèque numérique de référence), ont bénéficié de subventions publiques pour développer des actions culturelles, notamment à destination des jeunes publics (Game zone…). Mais sur le terrain, les moyens humains ne suivent pas. Et ce sont les usagerEs, en particulier les enfants, qui en subissent directement les conséquences. Moins de personnel, moins de temps, moins d’activités : la promesse d’un service public culturel accessible s’effrite.
La mobilisation dépasse ainsi la seule question des conditions de travail. Elle pose une question politique fondamentale : veut-on un service public réel, porté par des agentEs reconnuEs, ou une simple vitrine vidée de ses moyens ? Comme le résumait un panneau brandi pendant la mobilisation : « Une bibliothèque sans bibliothécaires, c’est un meuble ! »
Correspondante locale
Pour signer la pétition de soutien en ligne.