16,5 kilomètres d’asphalte entre Thonon et Machilly, dans le Chablais en Haute-Savoie : c’est le projet d’autoroute A412.
Il mobilise aujourd’hui plusieurs collectifs d’opposantEs, engagéEs pour la défense du vivant présent sur ces rares terres préservées de l’artificialisation.
Le Chablais, « un territoire d’exception »
Le Chablais est un Géoparc labellisé par l’UNESCO pour la richesse de son patrimoine géologique et de ses paysages. Mais où commence la nature et qu’en est-il alors de l’environnement que l’autoroute traverserait ?
La nature ne devrait pas s’arrêter à des espaces que nous avons définis. Il existe des pressions que nous exerçons à l’encontre du vivant avec la construction de réseaux autoroutiers et l’étalement urbain de manière générale. La société concessionnaire recense des fleurs protégées comme l’œillet superbe et promet de les replanter au centimètre près ; des mousses à l’habitat fragile dont il faudrait déplacer le bois mort, « support essentiel à leur survie ». Elle prévoit aussi de fermer l’accès à un espace habité par les castors pour les protéger ou les rediriger vers un autre. Toutes les propositions écologiques que porte le projet autoroutier ne sont que du greenwashing. La préservation de la flore et la protection de la faune ne pourront jamais passer par la destruction des habitats. La destruction de 56 ha de zones humides et de 180 ha au total est un écocide.
Un totem d’hypercapitalisme
Le ballet des pelleteuses a lieu sous l’œil d’un État qui emploie ses gendarmes à protéger Eiffage plutôt que les arbres centenaires et les espèces qui tentent de survivre dans les derniers espaces qui leur restent. Le 23 septembre, des militantEs sur place dénombraient 11 personnes en garde à vue depuis le 7 septembre. Iels racontent que ces derniers jours, il y a plus de gendarmes qu’eux et elles dès le matin.
Les oppositions sont nombreuses. Le collectif STOP A412 s’est constitué avec différentes organisations : la Confédération paysanne, France Nature Environnement, le Groupement national de surveillance des arbres... jusqu’à établir une Chab’ZAD sur la commune de Mésinges. Les expertises environnementales se sont prononcées défavorablement sur le projet. Alors Eiffage, ou plus précisément sa filiale, Amedea, défonce tout, rapidement, en forçant les autorisations que la préfecture lui a accordées. L’État en Haute-Savoie n’en est pas à son coup d’essai : la construction de mégabassines à La Clusaz engendrait aussi la destruction des habitats du vivant — pour garantir de la neige artificielle en hiver.
Le goudron à la place du reblochon
Cette infrastructure n’est pas pour tout le monde mais pour celles et ceux qui peuvent se permettre de débourser le prix que représenterait un tel trajet : plus de 4 € pour l’intégralité de la portion, pour un « gain » de 10 minutes. Aller plus vite, oui, si on en a les moyens.
À qui profite le projet ? Pas aux riverainEs, qui vont voir le trafic routier augmenter dans les prochaines années, ni à la majorité des locaux qui se déplacent dans le secteur. Pas à la flore ni à la faune, ni aux paysanNEs du coin. 70 ha touchés par le projet sont des terres agricoles. Elles servent notamment à des productions laitières dédiées à la fabrication du sacro-saint reblochon. La forte « valeur ajoutée » de l’AOP ne suffit donc pas aujourd’hui à faire reculer les machines. Ce sont encore les multinationales du BTP et quelques édiles autour d’elles qui seront les seuls bénéficiaires de la destruction en cours.
Le projet d’A412 est un cocktail de capitalisme : aller toujours plus vite, quoi qu’il en coûte aux communs, et tant pis pour ceux qui ne peuvent pas se le payer. Comme pour d’autres grands projets inutiles à combattre, le NPA-A apporte son soutien à ces luttes et aux collectifs présents sur place pour faire advenir un monde écosocialiste à l’opposé du capitalisme !