Publié le Samedi 2 mai 2026 à 17h29.

Alliances électorales et grève générale

La dynamique unitaire débouche d’abord sur un front unique ouvrier. La politique du PC entraîne une alliance électorale plus large, avec des forces bourgeoises. Cette séquence culmine dans la victoire de 1936 et la grève générale, qui arrache des conquêtes majeures tout en révélant les limites politiques du Front populaire.

Fin mai, Staline, pour protéger l’URSS contre le danger nazi, veut constituer un front avec les « bourgeoisies démocratiques », ce qui impose que les PC s’allient avec ces forces de gauche et bourgeoises démocratiques. 

Le tournant unitaire du PC

Dès juillet 1934, le PC conclut un pacte d’unité d’action avec le PS. Cette unité PS-PC amplifie la mobilisation : les comités se multiplient, organisent des centaines de réunions, de meetings communs et des manifestations de plus en plus nombreuses et déterminées.

Les fascistes perdent l’initiative, ceux du 6 février 1934 se divisent et, à chaque occasion, le camp ouvrier et populaire montre sa force, son dynamisme conquérant. Les élections cantonales et municipales sont des victoires, la droite et le parti radical reculent, le PS et surtout le PC augmentent leurs scores, c’est l’époque où se constitue la ceinture rouge parisienne. 
L’unité PS-PC a fait reculer les fascistes, a inversé le rapport de forces et amené la CGT et la CGTU à engager des discussions pour la fusion. Quelle perspective politique à cette dynamique ?

Le tournant nationaliste du PC

En mai 1935, Staline signe un pacte de défense avec Laval qui, en approuvant « pleinement la politique de la défense nationale faite par la France », bouleverse les données de la politique internationale et nationale. Le PC va abandonner la bataille contre le service militaire de 2 ans, faire disparaître son travail antimilitariste, sortir le drapeau tricolore et la Marseillaise, défendre « l’union de la nation française » et plus tard devenir PCF. C’est une nouvelle union sacrée qui se profile, intégrant le PC.

Le Front populaire

Cette rupture ouvre la période des Fronts populaires, des alliances des PC avec les forces « bourgeoises démocratiques » —en France le Parti radical au gouvernement quasiment sans discontinuer depuis 1902. Lorsqu’il est intégré au Rassemblement populaire qui prépare la colossale manifestation du 14 Juillet 1935, ce parti est membre du gouvernement d’austérité avec la droite, aux ministères de l’Économie et de l’Intérieur. Ce cadre unitaire associe également au PS et PC la CGT, la CGTU, la LDH et les comités antifascistes. 

Si les radicaux sont marginaux dans les manifestations de plus en plus importantes qui se déroulent, notamment celles de février 1936 après l’agression antisémite contre le dirigeant socialiste Blum et en mai 1936 à la montée du Mur des Fédérés (600 000 personnes), ils vont être centraux dans les négociations pour le programme électoral du Front populaire, adopté en janvier par toutes ces organisations. C’est un programme sans mesures sociales majeures.
Le 3 mai, la victoire électorale est complète : le parti radical recule, le PS devient le premier parti et le PC double son nombre de voix. 

La grève générale

Blum attend un mois pour prendre son poste. Durant ce délai la grève générale déferle sur toute la France. Elle commence le 11 mai au Havre et à Toulouse dans l’aviation pour protester contre le licenciement des syndicalistes en grève le 1er Mai, s’étend à quasiment tous les secteurs dans le mois qui suit, atteint son apogée à la mi-juin. Dans la plupart des cas, les lieux de travail sont occupés, les patrons ne sont plus maîtres chez eux, c’est la grève de l’espérance d’un monde meilleur de 4 ou 5 millions de salariéEs. 

Craignant la Révolution, les patrons accordent, lors des accords de Matignon, des revendications absentes du programme ­électoral : les 40 heures sans perte de salaire, 15 jours de congés payés, l’élection des déléguéEs du personnel et l’instauration de conventions collectives.

Mais la grève ne cesse pas du jour au lendemain. Thorez, le dirigeant du PC, sort alors la déclaration célèbre « il faut savoir terminer une grève, … consentir au compromis, tout n’est pas possible » car il n’est pas question que les travailleurEs prennent le pouvoir actuellement. Les grèves vont cesser fin juin, la manifestation du 14 Juillet 1936 regroupera un million de personnes, la CGT unifiée passera de 800 000 à 4 ­millions de syndiquéEs.

Commence alors la politique des gouvernements successifs de ce Front populaire, qui va décevoir les espoirs populaires.