Le 22 mai 2026, les militantEs de la Global Sumud Flotilla sont rentréEs à Paris après plusieurs jours de détention en Israël. Macéo et Laetitia, membres du NPA-L’Anticapitaliste, témoignent des tortures qu’ils ont subies aux mains de l’armée israélienne.
Nous publions ici une transcription d’extraits de leur témoignage, disponible en intégralité en vidéo sur la chaîne YouTube du NPA-l’Anticapitaliste : https://www.youtube.com/…
Macéo : Nous sommes partiEs le 17 [mai] d’Antalya en Turquie et, le 18 au matin, je me suis fait réveiller par des camarades qui crient : « Interception ! Interception ! »
Laetitia : Nous sommes partiEs le 14 au soir de Marmaris, en Turquie. Le troisième jour, nous avons été arrêtéEs par les forces d’occupation israéliennes dans les eauax internationales.
M. : Ils nous ont fait retirer notre équipement et nos chaussures. Et nous avons été transféréEs sur une grosse barge équipée de conteneurs : le bateau-prison. Tous nos déplacements se faisaient à genoux, la tête au plus près du sol. Ils nous ont d’abord forcéEs à nous allonger les unEs sur les autres et ils nous ont arroséEs pour que nous soyons trempéEs.
L. : Ils nous ont regroupéEs dans des conteneurs en tirant sur nous. Un camarade a eu la jambe perforée. Dans notre groupe de 174 personnes, nous avons décidé de prier tous ensemble afin qu’ils ne puissent pas distinguer les musulmanEs des autres.
M. : Les passages à tabac ont commencé. J’ai été frappé. Un autre camarade, racisé, a reçu plusieurs coups de pied au ventre et à la cage thoracique. D’autres ont subi des décharges de taser, des injections à la seringue ainsi que des violences sexuelles, des attouchements. C’est un moment que j’ai trouvé très difficile : entendre les décharges et les camarades crier.
Nous étions 168. Parmi nous, il y a eu au moins 35 fractures, 12 agressions sexuelles et 6 blessures à la tête, et beaucoup d’autres blessures moins graves.
Quand les passagerEs du dernier bateau sont arrivéEs dans le conteneur, les violences ont été particulièrement fortes. Trois ont fini à l’infirmerie, dont un camarade qui avait le dos en sang. Les images ont circulé : il a reçu plus d’une vingtaine de décharges de taser dans le dos, une véritable torture électrique. Cette torture a également été utilisée pour forcer certaines personnes à ouvrir les mains. Un camarade italien a été tasé trois fois au visage, ce qui l’a laissé paralysé pendant une journée.
Le lendemain, au moment où le bateau accostait, nous avons tous été forcéEs à rester à genoux, serrés les unEs contre les autres. Les vidéos de la propagande israélienne montrent cette scène : en plein soleil, sans eau, les mains liées, sans possibilité de bouger. C’est une forme de torture, d’autant plus que plusieurs camarades étaient toujours blesséEs. Pendant tout ce temps, l’hymne israélien tournait en boucle.
L. : À cause de ma couleur de peau et de mes origines du sud de la France, ils ont considéré que j’étais algérienne. J’ai finalement récupéré mon passeport et j’ai dû justifier que j’étais française. Ensuite, on m’a mis des serflex très serrés dans le dos, avec mon passeport dans les mains. J’ai hurlé parce qu’on me faisait mal.
J’ai les cheveux courts. J’ai subi une première mise à nu, accompagnée d’un attouchement destiné à vérifier si j’étais un homme ou une femme.
M. : J’ai ensuite été emmené dans une tente. C’est là que nous avons de nouveau été passéEs à tabac. J’ai été frappé d’abord pendant une minute trente puis pendant cinq à six minutes. Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est l’extrême violence exercée contre les camarades raciséEs.
L. : On nous a installéEs dans une tente où l’hymne israélien tournait en permanence. Nous étions à quatre pattes, le passeport dans les mains. La douleur est devenue trop forte. J’ai crié. J’étais sur le point de perdre connaissance. Un soldat israélien est alors venu resserrer encore davantage les serflex. Je me suis effondrée sur le côté. Mes camarades ont recommencé à protester. Un médecin est alors arrivé, dans ce qui m’a semblé être une véritable mise en scène : nous étions filmés pour la propagande, il m’a coupé le serflex et en a posé un autre, moins serré.
Nous sommes restéEs dans cette position pendant deux heures. Nous voyions nos camarades être emmenéEs puis frappéEs. Nous entendions leurs cris. C’était extrêmement traumatisant.
Ben Gvir se trouvait à trois mètres de nous. On nous a déplacéEs et il fallait se mettre à genoux devant lui en disant : « Vive Israël ». J’ai répondu : « Free Palestine ». J’ai reçu une gifle et on m’a renvoyée à ma place. J’ai eu peur d’être emmenée dans un couloir où des personnes étaient battues.
M. : Une des questions qui revenait sans cesse était : « Est-ce que tu es musulman ? » J’ai subi une fouille à nu, j’ai été frappé à plusieurs reprises, notamment au niveau du mollet où j’ai un tatouage représentant un ours avec un keffieh, mais aussi à la nuque.
L. : Toutes les femmes ont été embarquées dans un camion carcéral. Nous ne savions pas où nous allions. La climatisation était poussée au maximum alors que nos vêtements étaient encore mouillés. À la prison, on m’a une nouvelle fois déshabillée puis remis un survêtement pénitentiaire et une paire de claquettes. Nous avons ensuite été réparties dans les cellules.
Pendant deux jours, les conditions ont été extrêmement violentes. Pour ma part, j’avais signalé un traitement médical dont j’ai été privée. Nous avons été privées de sommeil. Toutes les heures, nous étions déplacées pour recomposer les groupes et ils nous forçaient à marcher à quatre pattes autour de la prison, à ciel ouvert, accroupies les unes derrière les autres. Pendant ce temps-là, les gardiens circulaient avec les chiens. Nous avons eu peur, parce que nous connaissons l’utilisation qui est faite de ces chiens contre les femmes palestiniennes.
Nous avons cru que nous allions mourir. Nous avons tenu en nous rassurant mutuellement. C’est l’unité du groupe qui nous a permis de tenir.
M. : Nous étions environ trente dans une cellule de 9 m², sans aération. Il y faisait extrêmement chaud, il était difficile de respirer et nous ne disposions pratiquement d’aucun espace.
Dans une salle équipée d’une télévision, on nous a montré pendant dix à quinze minutes des vidéos de décapitation, en nous demandant si nous étions du Hamas.
L. : Quand on a été amenéEs à l’aéroport Ben Gourion, à la sortie du camion, la police d’occupation nous a poursuivies à coups de matraque.
Lorsque nous sommes montéEs dans l’avion, nous avons compris que le calvaire touchait enfin à sa fin.
M. : Les camarades qui avaient déjà participé à plusieurs flottilles nous ont dit très clairement que c’était la plus violente qu’iels aient connue. Ce qui nous a permis de tenir, c’est que nous étions soudéEs et organiséEs collectivement. Une des choses qui nous a le plus aidés, c’était de nous rappeler que les PalestinienNEs vivent cela pendant des années, alors que, pour nous, cela ne durerait probablement que quelques jours.
L. : Je crois que mon corps a été témoin d’une partie de ce que peuvent endurer les femmes et les hommes palestiniens. Je vais me remettre de ce qui m’est arrivé. En revanche, il est plus difficile de se remettre des images, des tortures et de l’injustice. Je comprends comment se fabrique la haine. J’ai été expulsée de Palestine occupée pour quinze ans mais je compte me remettre de cette épreuve, repartir sur une flottille et retourner à Gaza.
M. Ils ont voulu nous effrayer. Ils n’y sont pas parvenus. Nous ne lâcherons rien. Nous continuerons et nous y retournerons. Tant que la Palestine sera occupée, le mouvement de solidarité avec elle continuera d’exister, tout comme la solidarité avec l’ensemble des peuples opprimés.
Transcription par la rédaction