Publié le Vendredi 3 juillet 2026 à 13h00.

Crimes policiers, réponses militantes

Trois ans après l’assassinat de Nahel Merzouk, les crimes policiers continuent de frapper, en particulier les jeunes raciséEs des quartiers populaires. Face à l’impunité, aux offensives sécuritaires et aux tentatives d’effacement, les familles et les collectifs construisent des réponses militantes, solidaires et antiracistes.

Samedi 27 juin se tenait la commémoration des trois ans de l’assassinat de Nahel Merzouk. Après trois longues années de disqualifications médiatiques, politiques et juridiques du meurtre de l’enfant, sa famille continue de porter son combat tandis qu’en parallèle les crimes policiers n’ont fait que s’intensifier.

Dès 2023, Emmanuel Macron qualifiait la mort de Nahel de fait « inexplicable ». Nous savons pourtant qu’elle est la conséquence directe d’un racisme structurel imbriqué dans le capitalisme. En dépit des tentatives politico-médiatiques de voiler la mise à mort des enfants racisés derrière l’image d’une « police débordée », nous continuons d’affirmer qu’il s’agit d’un produit direct du capitalisme racial.

Justice et vérité

La Cour de cassation — saisie par le parquet général — a récemment annulé la qualification de la cour d’appel de Versailles qui faisait du meurtre de Nahel une « violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». L’annulation de cette requalification est une victoire partielle. La consubstantialité entre racisme systémique et économie capitaliste débouche sur l’accroissement des violences sur les corps racisés.

C’est au cœur de ce système que va être débattue la loi sur la présomption de légitime défense pour les « forces de l’ordre », le mardi 7 juillet à l’Assemblée nationale. Les Républicains proposent une inversion de la charge de la preuve, considérant que les policiers possèdent une présomption de légalité des tirs et qu’il appartiendra au procureur — soit aux familles des victimes — de démontrer la non-légitimité du tir mortel. Une proposition qui démontre de nouveau la capacité des institutions à augmenter ou négocier les degrés de violences et d’injustices, mais aucunement à les abolir.

« 1 euro contre les violences policières »

Face à une critique radicale du système dans lequel nous évoluons, nous devons être à même de fournir un horizon révolutionnaire couplé à des réponses immédiates capables de se constituer comme des formes de justice alternative. La levée de fonds « 1 euro contre les violences policières », portée par Œil au beurre noir, propose l’édification d’une solidarité alternative qui puisse permettre aux familles de n’avoir à supporter aucun frais — juridiques, psychologiques, d’enterrement… — à la suite de l’assassinat d’un proche. En approchant le stade des 90 000 euros, ces fonds permettront matériellement d’alléger la charge financière des familles et, symboliquement, de proposer des contre-modèles de justice et de solidarité dans l’attente d’une société radicalement différente.

Une solidarité immédiate, pour une révolution à venir

Au début du mois de juin, l’enquête du média Basta ! recensait déjà vingt-deux personnes décédées au cours d’une « mission des forces de l’ordre », indice de la recrudescence de ces violences depuis plus d’une décennie. D’après l’enquête, la moitié des victimes ont moins de 27 ans et plus de 57 % ont été tués par l’usage d’une arme à feu.

Face à ces crimes, nous ne pouvons nous permettre de faire l’économie d’une échelle d’action entre le modèle court-termiste et les propositions révolutionnaires de long terme. En conséquence, nous devons nous efforcer de poursuivre des travaux militants rigoureux qui préparent le terrain de la révolution tout en proposant des modèles de solidarités alternatives.

À l’aube des élections présidentielles, nous devons prendre conscience des processus de marginalisation politico-médiatique que vont subir ces thématiques et nous devons continuer de nous constituer en écho médiatique et en alliés palpables des familles endeuillées.

Sara Laska

Justice pour Adama, dix ans de combat

Dix ans après la mort d’Adama Traoré à la suite de son interpellation par les gendarmes, sa famille et le Comité Adama poursuivent le combat pour la vérité et la justice. Une marche est appelée samedi 4 juillet, à partir de 13 h, au départ de la gare de Persan-Beaumont. Face à l’impunité policière, cette mobilisation reste un rendez-vous central pour toutes celles et ceux qui refusent que des jeunes meurent entre les mains des forces de l’ordre.

La rédaction