Publié le Jeudi 14 mai 2026 à 06h15.

Projet de loi Nuñez contre l’entrisme, encore une loi islamophobe !

Sous couvert de lutter contre « l’entrisme », le gouvernement prépare une nouvelle offensive islamophobe visant les musulmanEs, les associations antiracistes et plus largement toute contestation politique de l’islamophobie d’État.

«Nous avons traité le terrorisme, le séparatisme, la radicalisation violente... Aujourd’hui, nous nous attaquons à l’entrisme » : ce sont les mots de Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur.

Ce nouveau projet de loi islamo­phobe, actuellement examiné au Conseil d’État pour être bientôt présenté en Conseil des ministres, prétend s’attaquer « à toutes les structures ou individus séparatistes ou ultraviolents », ceux « qui provoquent à la discrimination, la haine, la violence » ou « ont pour vocation d’attenter à la République ». Pas très clair à première vue...

Une nouvelle offensive islamophobe

En réalité, ce projet de loi vise les musulmaNEs qui présenteraient, non pas une rupture affichée mais l’« apparence d’une adhésion aux règles de la République » qui cacherait en réalité « une stratégie de noyautage dans le but in fine d’imposer la loi religieuse par des manœuvres trompeuses, des pressions, des menaces ». Une nouvelle fois, l’État déploie une logique conspiratoire envers l’islam, dans la continuité des politiques visant les musulmanEs mises en place depuis au moins 2004.

Le texte prévoit un huitième motif de dissolution des associations, pour « entrisme ». Cette disposition vise en particulier à interdire toute activité sur le sol français du Collectif contre l’islamophobie en Europe (CCIE), nouvelle organisation basée en Belgique créée après la ­dissolution du Collectif contre l’islamo­phobie en France (CCIF), dissous en 2020. Le CCIE subit depuis un harcèlement de la part de l’État français, incluant des perquisitions et gardes à vue en mai 2025, quelques jours après le meurtre islamophobe et négrophobe d’Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard.

Au passage, Nuñez prétend qu’il serait « indéniable que le terreau le plus favorable pour accueillir des tenants de l’entrisme se situe du côté de LFI ». Nuñez souhaite aussi s’en prendre à toutes les organisations politiques qui dénoncent l’islamophobie, ce qui est le cas de La France insoumise depuis 2019 — même si elle refuse de défendre ­l’abolition de la loi de 2004 sur « les signes religieux dans les écoles publiques », qui est en fait une loi contre le port du voile à l’école et la matrice des lois islamophobes qui se multiplient depuis.

Le terme entrisme est historiquement lié au trotskysme des années 1930, pour désigner la stratégie consistant à entrer dans des organisations de masse — partis socialistes, syndicats, etc. — afin d’y gagner de l’influence. Il est utilisé dans les discours sécuritaires et islamophobes à partir des années 2000, pour désigner une prétendue stratégie islamiste d’infiltration des institutions, associations, écoles, clubs sportifs, ­collectivités, etc.

Le séparatisme désignerait le fait de s’organiser en dehors de la République, alors que l’entrisme désignerait un camouflage pour exercer une influence de l’intérieur.

Le rôle de ce projet de loi dans la fascisation actuelle

Cette offensive s’inscrit dans la fascisation actuelle de ce pays. L’État cible les musulmanEs pour justifier le renforcement de son arsenal autoritaire utile au maintien de ce système capitaliste, en les considérant comme un corps indésirable et en reprenant des poncifs racistes conspiratoires pour en faire des ennemiEs de l’intérieur. Cette islamophobie est un racisme d’État largement partagé dans le spectre politique. Ces politiques sont facilitées par la normalisation des idées racistes, véhiculées par l’extrême droite, la droite réactionnaire et même une partie de la gauche réformiste. Jusqu’où ira l’exclusion, l’invisibilisation, l’humiliation ?

L’islamophobie est un des piliers de la fascisation ambiante, avec ou sans l’extrême droite au ­pouvoir.

La solidarité avec les personnes musulmanes et la lutte contre l’islamophobie doivent être une priorité.

Faisons front contre l’islamophobie, sur nos lieux de travail, dans nos facs et dans la rue !

An Gwesped