Publié le Mercredi 30 septembre 2026 à 17h00.

Des tensions inédites sur l’eau

Les luttes pour l’eau se multiplient. Alors qu’une sécheresse sans précédent frappe la France et menace l’accès à l’eau, le gouvernement distribue des miettes aux agriculteurEs tout en multipliant les projets industriels qui accaparent cette ressource.

 

Les différentes vagues de canicule depuis le printemps et les températures exceptionnelles pour le mois de septembre ont entraîné une sécheresse jamais vue en France. Des villes comme Ajaccio, Nice ou Paris ont connu un écart de plus d’un mois entre deux pluies de plus de 1 mm. De nombreux cours d’eau sont à sec en Bretagne, dans les Pyrénées et en Bourgogne, régions que l’on pensait protégées de la sécheresse. La Garonne et la Loire sont en situation de crise. Le résultat est, entre autres, que l’approvisionnement en eau potable est en tension pour 1,1 million de personnes. 93 départements sont concernés et 74 sont en situation de crise : cela entraîne des coupures d’eau, des restrictions d’arrosage des potagers individuels qui permettent aux plus précaires de se nourrir, et une pollution générée par l’acheminement d’eau en citerne ou la distribution d’eau en bouteilles.

 

Des « miettes » pour les agriculteurEs

Dans une France à + 4 °C, trajectoire sur laquelle nous sommes engagés, l’assèchement des sols s’intensifiera partout. Malgré un plan d’urgence présenté à grand bruit, que la Confédération paysanne qualifie de « miettes », le gouvernement ne compte pas aider de façon conséquente les agriculteurEs ayant souffert de la canicule et des incendies : le feu n’est pas considéré comme un aléa climatique ! En dehors des assurances individuelles, qui sont subventionnées par la PAC à travers une enveloppe n’indemnisant qu’au prorata de la production, la majorité d’entre elles et eux ne pourra compter que sur les aides débloquées par l’État, qui arrivent en général plusieurs mois après les dommages subis. On peut craindre dès cet automne des faillites parmi les exploitations les plus petites et une explosion des prix de la viande issue d’élevages en plein air (les éleveurs ayant dû acheminer du fourrage dès le mois de juillet pour compenser le manque d’herbe), mais également des fruits (certaines récoltes ayant été impossibles à exploiter, comme celles de pommes), des légumes et des céréales.

 

Le choix du gaspillage

Pourtant, alors qu’il faudrait décréter un état d’urgence de l’eau, avec des mesures drastiques contre le gaspillage, nous voyons s’accélérer la construction de data centers — il y en a déjà plus de 300 actuellement — avec le projet macronien « Choose France », qui prévoit la construction de plus de 400 data centers d’ici quatre ans, ainsi que des chantiers autoroutiers titanesques sur des zones humides et protégées et des coupes rases dans des secteurs forestiers faisant partie de parcs régionaux.

La mobilisation peut paraître insuffisante au regard des drames : les manifestations du 26 septembre ont réuni 130 000 participantEs dans 227 villes. Cependant, des collectifs s’organisent contre ces différents projets dans tout le pays.

 

Partout, des luttes pour l’eau

Au niveau international, selon l’Organisation météorologique mondiale, 36 % de la superficie des bassins versants a enregistré en 2025 des débits inférieurs à la normale.

Les luttes contre la surconsommation de l’eau par les géants de l’industrie du numérique et du BTP, contre les prélèvements massifs dans les rivières et les nappes phréatiques et les rejets d’eau chaude des data centers, et contre l’abattage par les grosses entreprises du bois des forêts qui entretiennent le cycle de l’eau, que ce soit en France, au Chili, en Espagne, en Inde, au Brésil ou aux États-Unis, sont en train de se multiplier. Ces luttes pour l’eau, et donc pour notre survie, remettent également en question le choix de la société dans laquelle nous voulons vivre.