Publié le Lundi 19 janvier 2026 à 16h38.

GO CO2, une véritable usine à gaz !

Les cimentiers ne manquent pas d’air ni d’émissions de CO₂. Pour se décarboner, un peu de technosolutionnisme : capter le CO₂, le mettre sous forme liquide, le transporter dans des tuyaux jusqu’à la mer, le mettre dans des bateaux et l’enfouir dans des poches sous-marines où étaient stockés du pétrole ou du gaz. Ou en faire du carburant pour avions ou bateaux, sur le port de Montoir, à côté de Saint-Nazaire.

GO CO₂ pour les tuyaux, Takair pour le carburant avion et Green Coast pour le carburant bateau. Ce sont ces projets, fous parmi les grands projets inutiles habituels en France, que l’industrie cimentière voudrait faire passer, avec un financement public – Europe, État et Régions Pays de la Loire et Aquitaine – aux deux tiers !

Le gouvernement et ses amis cimentiers

L’Anticapitaliste n° 778 évoquait les projets de carburants dits alternatifs pour avions, dont fait partie le projet Takair, dédié à la production de e-kérosène. 

L’histoire du projet est belle comme un conte de fées. Le gouvernement a bien pensé à ses amis cimentiers : en juin 2023, la Première ministre Élisabeth Borne lance la stratégie française de captage, stockage et utilisation du carbone (CCUS) afin de capter les émissions résiduelles incompressibles des industriels. L’annonce a été suivie, « pouf ! », un mois plus tard, en juillet 2023, du lancement de GO CO₂, un projet porté par GRTgaz, Elengy, TotalEnergies, Heidelberg Materials, Lafarge et Lhoist.

Les principaux bénéficiaires du projet sont les deux cimenteries Lafarge à Saint-Pierre-la-Cour (Mayenne) et Heidelberg à Airvault (Deux-Sèvres), ainsi qu’un four à chaux de l’entreprise Lhoist à Neau (Mayenne). En chiffres, ce sont potentiellement 2,2 millions de tonnes de CO₂ captées et transformées d’ici 2031, via 375 km de canalisations qui traverseront cinq départements, pour un budget de 4,38 milliards d’euros, soit l’équivalent du coût de trois à quatre CHU !!!

Des questions sans réponses

La concertation préalable autour de ce projet s’est terminée fin décembre, laissant quelques questions sans réponse.

Le stockage et le transport du CO₂ par la mer ne sont pas définis : quelles conditions, quels lieux ? Le stockage devrait être réalisé dans les eaux territoriales d’un pays (Norvège ?), mais qu’en est-il des capacités, des volumes réservés ? Aucune réponse directe, sauf « regardez le webinaire dédié au stockage qui est très bien fait ». Au passage, on remarque que ce sont les mêmes sociétés qui pompent du gaz ou du pétrole qui vont injecter du CO₂ dans les puits laissés vides : la boucle est bouclée, des profits à l’extraction et à l’injection ! Après le marché des hydrocarbures, le marché du stockage de CO₂ s’avère juteux !

Le dossier indique des coûts présentant « de larges marges d’incertitude » : rassurant… ça ne vous rappelle pas l’EPR ?

Une consommation électrique qui oscille, selon les sources, entre 200 et 510 MW pour le process de liquéfaction sur le port.

Un grand projet inutile de plus

Au-delà, quelques enjeux énormes sont révélés :
* consommation de 10 000 m³/h pour liquéfier le CO₂ et le mettre en bateau ;
* deux usines Seveso en plus sur le port de Saint-Nazaire pour créer les carburants avion et bateau.

On peut donc sans mal ranger GO CO₂ dans les grands projets inutiles, sauf à servir quelques grands groupes du CAC 40 pour satisfaire leurs obligations de réduction de leurs émissions.

Ah oui, bien sûr, les arguments traditionnels : on crée de l’emploi et on décarbone. Sauf que pour décarboner, il faut déjà commencer par ne pas produire de CO₂. Visiblement, ce n’est pas dans les tuyaux des cimentiers…

Comité NPA Saint-Nazaire