Page 2 et Syllepse éditions, février 2026, 1428 pages (Coffret 3 volumes), 45 €.
L’écocide capitaliste est le titre d’un ouvrage d’Alain Bihr qui sort en février 2026, coédité par Page 2 (Lausanne) et Syllepse (Paris) dans la collection Histoire : enjeux et débats. Il s’agit en fait de trois tomes totalisant plus de 1 400 pages. Un énorme travail donc, mais qui s’annonce aussi utile que passionnant.
Alain Bihr se situe dans la suite de différentes approches marxistes de l’écologie. S’il considère que l’analyse marxiste « peut et doit fournir la base nécessaire et suffisante pour aborder la thématique et la problématique écologiques », il en constate ce qu’il appelle l’angle mort : « Si on ne peut pas parler à ce propos d’un véritable champ aveugle de son analyse, d’une occultation totale du sort réservé à la nature par le capital-vampire, il n’y a pas moins là une sorte d’angle mort. Et l’ambition du présent ouvrage est tout simplement de réduire autant que possible ce dernier, en explorant d’une manière méthodique le rapport que le capital entretient avec la nature, en montrant que son vampirisme n’affecte pas moins ce rapport que celui qu’il entretient avec le travail humain. »
Une catastrophe écologique planétaire
Le premier tome, « Une catastrophe écologique planétaire », dresse un état des lieux des différentes composantes de l’écocide capitaliste — de l’effet de serre à la biodiversité, en passant par l’épuisement de l’eau et les atteintes aux océans comme aux forêts — et de l’incurie des politiques capitalistes, qu’elles prennent la forme des promesses non tenues parce qu’intenables du soi-disant développement durable, des fausses solutions ou du « business as usual ».
La nature en proie au capital
Le deuxième tome, intitulé « La nature en proie au capital », articule l’expropriation des producteurEs avec l’aliénation et l’appropriation de la nature, en se penchant tout particulièrement sur la question de l’agriculture. Il démontre pourquoi le capitalisme est intrinsèquement productiviste et, enfin, aborde ce que le capital fait à la nature et fait de la nature. Un bémol cependant : la sous-estimation, voire l’absence, de la place de la reproduction sociale.
Histoire de l’écocide capitaliste
Le tome trois adopte une approche historique. Après une « brève » histoire des conséquences écocides des différentes phases du capitalisme, il aborde la crise actuelle et examine comment, « engendré par le procès immédiat de reproduction du capital, l’écocide capitaliste rétroagit en définitive sur ce dernier pour en aggraver la crise structurelle actuelle, en la transformant en une crise systémique qui est peut-être sa crise finale ».
Si Alain Bihr récuse la vision effondriste des collapsologues, qui refusent de pointer la responsabilité des rapports capitalistes de production, comme à la fois théoriquement erronée et politiquement néfaste parce qu’elle tend à démobiliser, il ne minimise en aucun cas le danger d’un chaos écologique généralisé conjuguant et radicalisant les fléaux déjà à l’œuvre : paupérisation généralisée, maladie, guerre et dictature.
Le communisme ou la mort
Son analyse l’amène à une conclusion que nous ne pouvons que partager : si donc on veut relever le défi de proposer une alternative à l’issue apocalyptique de la crise multiforme du capitalisme contemporain, dont la catastrophe écologique compte sûrement parmi les composantes majeures, si elle n’en constitue pas la composante principale, il est impératif d’abolir les séparations et oppositions antérieures entre les mouvements écologistes et le mouvement socialiste et, du même coup, de dépasser les limites qui les ont générées de part et d’autre. Cela revient à chercher à développer un mouvement écosocialiste, se proposant de sortir du capitalisme et de sa crise, en jetant les bases d’une société à la fois réconciliée avec elle-même et avec la nature, ce qui constitue une définition classique du communisme.
La conclusion, intitulée « Le communisme ou la mort », annonce un ouvrage ultérieur consacré aux propositions, qui sera sans aucun doute passionnant et riche de convergences, voire plus, avec notre engagement écosocialiste.
Christine Poupin