Publié le Jeudi 14 mai 2026 à 06h25.

Hausse du coût de la vie… et des bénéfices de Total

Alors que Total affiche des bénéfices records grâce à la flambée des prix du pétrole, Patrick Pouyanné tente de se présenter en défenseur du pouvoir d’achat avec un plafonnement des prix à la pompe. Une opération de communication qui masque surtout la logique des superprofits fossiles.

Depuis le 13 mars 2026, TotalEnergies a plafonné ses prix à la pompe : 1,99 euro pour le litre d’essence et 2,25 euros pour le diesel (2,09 euros pendant les ponts du mois de mai). Mais Patrick Pouyanné, directeur général de Total, met en garde : « cette mesure pourrait être révisée en cas de surtaxe sur les raffineries de l’entreprise ».

Total, profiteur de guerre ou philanthrope ?

Face aux plus de 5 milliards d’euros de bénéfices réalisés par Total au premier trimestre 2026 — soit 50 % de plus que l’année précédente — le PS et Lecornu agitent timidement la menace d’une taxe sur les « surprofits ». Derrière ces chiffres, il y a surtout 6 % de hausse des dividendes pour les actionnaires. Dans le même temps, l’inflation en zone euro a atteint 3 % en avril, soit autant de pouvoir d’achat perdu pour les classes populaires, sans qu’aucune réponse sérieuse ne soit apportée par le ­gouvernement. 

Dans ce vide, Patrick Pouyanné tente de se faire passer pour le protecteur du pouvoir d’achat avec le plafonnement de ses prix à la pompe, manière selon lui de redistribuer ses profits. Qu’en est-il vraiment ? Total n’est pas une simple entreprise de distribution de carburant ; elle opère sur l’ensemble de la chaîne de production, depuis l’exploration et les forages jusqu’à la distribution à la pompe. Autrement dit, Total n’achète pas de carburant pour le revendre, mais vend le carburant qu’elle produit, à un coût estimé à 35 dollars le baril… Toute augmentation du prix est un bénéfice net.

Total détient, de plus, un tiers des points de vente d’essence en France (3 300 stations sur 10 700). En plafonnant ses prix, Total récupère une clientèle qui cherche à réduire sa facture. Le manque à gagner dû au plafonnement est donc récupéré sur la hausse du volume de carburants vendus. Comme le déclarait lui-même Patrick Pouyanné à propos d’un précédent plafonnement en 2023 : le coût estimé de « 400 à 500 millions de dollars » avait été compensé « par l’engouement populaire »… En plafonnant ses prix, Total protège ses profits.

Quelle réponse à la hausse du coût de la vie ?

La polémique Pouyanné-Lecornu montre en fait l’absence de réponse à la hausse du coût de la vie alors que les augmentations des prix du pétrole ont des effets sur l’ensemble de l’économie : pétrochimie, intrants agricoles, alimentation, biens manufacturés… Elle occulte également le fait que le prix de l’essence est un élément, mais pas le seul, du coût de la vie. L’inflation, c’est la hausse de tous les prix. La réponse ne doit donc pas être locale et conjoncturelle mais globale et durable. Et se déployer à ­différents niveaux.
L’urgence est à la protection du pouvoir d’achat par la mise en place d’un mécanisme ­automatique d’ajustement de la progression des salaires sur le niveau de l’inflation, à un rythme mensuel : l’indexation des salaires, des minima sociaux et des retraites sur l’évolution des prix.

Aller plus loin signifie, effectivement, un blocage des prix de l’énergie (et également de l’alimentation, des loyers, etc.) mais accompagné d’un contrôle des stocks et de la distribution par la population.

Enfin, reprendre le contrôle sur nos vies passe par l’expropriation et la réquisition des groupes énergétiques, sous contrôle des salariéEs et des usagerEs. Seule cette socialisation permettra de réorienter le système productif vers la sortie des fossiles, la sobriété énergétique et la mise en œuvre d’une planification démocratique permettant de satisfaire les besoins sociaux tout en faisant décroître la production des activités nuisibles et en développant la gratuité.

William Donaura