Publié le Mercredi 17 mai 2017 à 11h00.

Quelles initiatives pour engager les mobilisations contre les « projets macron » ?

Alice : À mon sens, il nous manque une (maximum deux) revendication unifiante sur laquelle on tenterait de construire une mobilisation. Il me semble que les militantEs, les salariéEs, attendent d’une certaine façon un truc qui « vaille le coup » de se battre. Je ne sais pas si les gens se remobiliseront massivement « contre » les prochains projets. À Grenoble, on a fait des grosses manifs, des actions de blocage... mais on n’a pas vraiment réussi à construire la grève ni en 2010 sur les retraites ni contre la loi travail l’an dernier. Quand on s’est battu dans la boîte, c’était « pour » une augmentation ou « pour » une prime, pas contre la réorganisation du travail ou contre le licenciement des salariés handicapés. Pourtant il aurait fallu et on a essayé !

Moi, je crois que la réduction du temps de travail pourrait mobiliser. Il faudrait une campagne syndicale CGT-FSU-Solidaires appuyée par les organisations politiques, qui dure dans le temps, qui impose cette idée comme solution à la fois au chômage et à la pénibilité. C’est une revendication pour toutes et tous, ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas, qui concerne les CDI mais aussi les CDD, les intérimaires, les jeunes en formation. C’est une revendication qui porterait aussi l’espoir d’une autre vie, qu’on ne perdrait pas à la gagner. Un truc qui en vaut vraiment la peine !

 

Laurent : Un mouvement de fond traverse la société depuis plusieurs années dont on veut nous faire croire qu’il trouverait son aboutissement avec En Marche ! Soit le recyclage des débris et des orientations politiques des trente derniers années, avec une surreprésentation des patrons, des cadres et des professions libérales… Il s’exprime à travers la persistance de l’occupation de Notre-Dame-des-Landes et le développement d’autres luttes contre les GPII, celles dans les quartiers populaires et en soutien aux migrantEs qui ont convergé dans la Marche pour la dignité du 19 mars dernier, ou la question du renouvellement démocratique soulevée par Nuit debout.

La politique du gouvernement Macron I, dont la nomination d’un Premier ministre de droite ne présage rien de bon, peut tenir lieu de catalyseur et pousser à l’unification de tous ces fronts de lutte pour passer de la résistance à l’offensive, déboucher sur de réelles alternatives pas seulement en paroles mais en actes, et aboutir à une représentation politique des oppriméEs qui soit porteuse d’un projet radical de transformation de ce monde capitaliste (dont la conscience qu’il nous mène à la catastrophe progresse davantage jour après jour).

 

Isabelle : Les camarades les plus combatifs disent qu’il faut un « tous ensemble », au moins décider d’une grève le même jour, dans le même groupe de santé par exemple. Évidemment, la brutalité des directions des cliniques vaccine très vite sur la possibilité d’obtenir quoi que ce soit de conséquent pour les salariéEs en dehors de tout rapport de forces.

La période qui vient de s’écouler, le mouvement contre la loi travail et la campagne électorale, a permis à de nombreux collègues et militants de reprendre confiance : d’abord en profitant du mouvement contre la loi travail pour poser leurs propres revendications, mais aussi grâce à la campagne du NPA et de l’audace en tant qu’ouvrier de Philippe Poutou d’oser interpeller des politiciens « voleurs » comme Fillon et Le Pen... Une audace qui a redonné beaucoup de fierté à nos collègues de travail et camarades de la CGT ! 

Les dernières déclarations de Martinez, disant qu’il faudrait redéfinir le cadre du dialogue social alors même que Macron veut procéder dès cet été par ordonnances pour poursuivre la casse du code du travail, montre bien son refus de s’engager dans la lutte dès maintenant. Mais des militantEs autour de nous sont conscients qu’il faut poursuivre la construction d’un courant lutte de classe dans la CGT, faisant des luttes concrètes la préoccupation de touTEs et ayant pour objectif de les faire converger en partant de la situation telle qu’elle est. À nous aussi, militantEs révolutionnaires du NPA, de donner des perspectives politiques à ces luttes, défendre partout où nous sommes, au travail, dans les syndicats où on milite, l’idée que nous, les salariéEs, qui produisons tout dans la société, sommes capables collectivement de la diriger.

 

Mathieu : Il n’y a pas de formule magique. On l’a vu lors du quinquennat Hollande, les lois Macron, Rebsamen, l’ANI, sont passées sans qu’il y ait de mobilisation notable. Et, alors qu’on ne s’y attendait pas, on a vécu contre la loi travail une belle mobilisation, vivante, inventive, renouvelant notre répertoire d’action collective, même si elle n’a pas réussi à s’étendre assez massivement chez les salariéEs. Cette mobilisation a laissé des traces positives avec la création de collectifs militants, et négatives par la démobilisation qu’entraîne toute défaite.

Aujourd’hui des cadres se mettent en place, notamment le Front social et Nos droits contre leurs privilèges. Il faut en faire partie, y mettre des forces, relayer les actions dans nos syndicats et vers nos collègues, contribuer à l’animation et à la réflexion, en étant conscient des limites actuelles de ces deux initiatives.

Mais je crois qu’il faut surtout se poser la question de la reconstruction des collectifs à la base. Syndicalistes comme salariéEs sont trop enfermés dans leurs entreprises, voire leurs équipes. Les bourses du travail, lieux historiques de foisonnement militant, ne sont plus des lieux de vie. Les unions locales dépérissent. Les CE ne créent plus de lien social, ne font plus d’éducation populaire, se contentant de faire de la redistribution. Et le syndicalisme, même le syndicalisme de transformation sociale, s’enferme de plus en plus, et même à la base, dans son rôle institutionnel de relation avec le patronat. Il faut reconstruire des lieux d’échanges et de solidarité avec les syndicats, et pas seulement au sein des syndicats qui peinent à recruter. C’est un travail de longue haleine. La première étape, c’est que nous, militantEs dans les boîtes, reprenions de la hauteur, reprenions contact, reprenions confiance.