Avec une affluence record, proche de 60 %, et le rôle décisif de la jeunesse, l’Italie a dit NON à la réforme constitutionnelle de la justice proposée par le gouvernement Meloni. Le Non a une charge symbolique très forte car, au-delà de la défense de la Constitution et de l’indépendance de la justice, les citoyen·nes ont exprimé un rejet frontal des politiques autoritaires menées par l’extrême droite.
À l’exception de quelques bastions de l’extrême droite nationaliste — la Lombardie, la Vénétie et le Frioul-Vénétie Julienne —, le « Non » (53,7 %) s’impose face au « Oui » (46,3 %) dans tout le pays, avec des scores très élevés dans les grandes villes du Sud comme Naples ou Palerme. La victoire est très large dans les grandes communes (y compris celles dirigées par des maires de droite), tandis que le « Oui » ne l’emporte que dans les localités de moins de 10 000 habitants, en particulier dans les petits villages de la plaine du Pô.
Une claque politique pour Meloni et son agenda réactionnaire
Le gouvernement Meloni pensait pouvoir faire passer sans encombre cette contre-réforme, consolider son pouvoir et avancer vers un projet plus large de dérive autoritaire, notamment avec le renforcement du pouvoir du Premier ministre. La modification constitutionnelle constituait un maillon de la chaîne que les forces de l’extrême droite construisent depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Meloni à l’automne 2022. Elle s’inscrit dans une succession de décrets violents et antidémocratiques — que le Président de la République a fait légèrement corriger sans les renvoyer au Parlement — qui répriment les rébellions de la jeunesse, les résistances sociales, sans parler des luttes syndicales, avec une véritable haine envers les migrants, les couches populaires et les personnes LGBTI.
Ce projet est aujourd’hui mis à mal par la forte contestation populaire qui s’est exprimée dans les rues et dans les urnes. Cela ouvre la voie à un affaiblissement des équilibres gouvernementaux et pourrait mettre Meloni en difficulté dans le cadre des relations internationales et des choix qui en découlent. Malgré la campagne agressive des forces gouvernementales de ces dernières semaines, caractérisée par des actions grossières de désinformation et de déformation autour d’une prétendue réforme salvatrice de la justice, la forte mobilisation populaire, celle de l’extrême gauche, des organisations de la jeunesse, des syndicats et des artistes, a permis de maintenir le cap.
La jeunesse en fer de lance, une opposition qui se renforce
Ce vote référendaire revêt ainsi une forte importance politique et démocratique, tant par la nature des normes sur le fonctionnement de la magistrature soumises au jugement populaire que par le contexte politique global qui s’est installé dans le pays, aggravé par la course à la guerre sur le plan international. Il s’agit donc d’une étape très importante dans la construction d’une opposition sociale aux droites et d’un mouvement de masse contre les politiques de réarmement et les agressions impérialistes.
Un fait est particulièrement marquant : ce sont les moins de 35 ans qui ont fait basculer le scrutin, avec plus de 61 % en faveur du « Non ». Étudiant·es et jeunes travailleur·ses se sont fortement mobilisé·es, notamment pour défendre le droit de vote des personnes éloignées de leur lieu de résidence. Ils et elles étaient nombreux·ses dans les places et dans les rues pour célébrer cette victoire. Cette dynamique ne s’arrête pas là. Elle se prolonge déjà dans l’appel à une grande mobilisation le 28 mars à Rome contre le gouvernement et les puissants. Une nouvelle étape dans la construction d’un rapport de force contre le fascisme et les agressions impérialistes.
Hélène Marra