Depuis le 2 mars, les attaques israéliennes contre le Liban ont fait plus de 3 000 morts et 9 000 blesséEs. En ciblant tout le Sud du pays, elles ont provoqué le déplacement d’au moins 1,6 million de personnes, soit environ un cinquième de la population totale, désormais réfugiée.
Depuis le cessez-le-feu du 16 avril, prolongé la semaine dernière, les forces israéliennes ont continué à mener des frappes quasi quotidiennes contre le Liban, comme elles le faisaient déjà après le précédent cessez-le-feu d’octobre 2024.
Diaboliser le Hezbollah pour poursuivre la destruction
Le « conflit » actuel ayant démarré suite à l’agression contre l’Iran, les pourparlers sur la fin des hostilités entre les États-Unis et l’État perse incluent naturellement le Liban. Mais cela ne correspond pas aux objectifs d’Israël, et il ne s’agit pas seulement de la ligne défendue par Netanyahou. Benny Gantz, ancien ministre présenté comme une figure de l’opposition, a ainsi déclaré : « Il est absolument interdit d’accepter le cessez-le-feu au Liban dans le cadre d’un accord avec l’Iran. Il est impossible d’accepter une situation dans laquelle, alors même que la population libanaise commence à prendre conscience que le Hezbollah lui porte préjudice, l’État d’Israël lui permet de devenir le bouclier du Liban. »
Pour faire comprendre que le Hezbollah porte « préjudice » à la population libanaise, Israël a ciblé bien au-delà des positions militaires de l’organisation chiite et a commencé à détruire méthodiquement les villages frontaliers, en rasant les habitations. Un rapport récent mentionne également l’usage de phosphore blanc qui, en plus de ses effets directs sur les populations, détruit les terres agricoles et les pollue durablement.
Dans cette guerre, Israël a particulièrement ciblé les infrastructures médicales. La semaine dernière, 150 attaques contre le secteur de la santé ont tué 125 professionnelLEs de santé et fait 273 blesséEs. 142 ambulances ont été prises pour cible, 32 centres médicaux détruits et 16 hôpitaux contraints de cesser leurs activités. Le secteur des urgences au Liban ne s’effondre pas par accident : il est systématiquement démantelé.
Même s’il a été relativement isolé au sein de la population libanaise en dehors de sa base populaire chiite, le Hezbollah et son appareil militaire demeurent de fait une force qui s’oppose à une annexion pure et simple du sud du Liban, malgré les défaites subies depuis août 2024.
Reconfiguration du conflit
Les services de renseignement militaires israéliens estiment que le Hezbollah s’est éloigné d’une structure centralisée de commandement pour mener une guerre de guérilla. Organisé en petites cellules relativement autonomes, le groupe mène des attaques opportunistes contre les forces israéliennes en se déplaçant de village en village dans le sud du Liban.
Il se serait également inspiré de la résistance ukrainienne en renforçant fortement ses capacités en matière de drones : des appareils faciles à assembler relativement bon marché par rapport aux missiles à longue portée. L’utilisation de fibres optiques pour contourner les dispositifs de brouillage, déjà observée en Ukraine, est également documentée.
Selon les médias israéliens, les capacités du Hezbollah en matière de drones limiteraient de 80 % les attaques israéliennes dans le sud du Liban. L’armée israélienne estime également que les drones lancés par le Hezbollah ont fortement restreint les mouvements de ses troupes au Liban et contribué à des pertes sur le terrain.
Pour faire face à cette situation, Israël a approuvé un financement d’urgence de 700 millions de dollars afin de déployer des radars fixes le long de sa frontière nord. Les systèmes anti-drones ne seraient distribués qu’à un nombre limité de soldats israéliens en raison de pénuries d’approvisionnement, et certaines opérations militaires ne seraient même plus menées de jour par crainte d’attaques de drones.
À la faveur de ce faux cessez-le-feu, Israël transforme de plus en plus son offensive en guerre d’occupation.
Édouard Soulier