Les salariéEs exposéEs à la canicule en première ligne paient le prix de l’impréparation et du mépris. Entretien avec Hayatte Rtaili, déléguée syndicale CFDT chez Transdev à Villepinte, sur la situation des conducteurEs de bus en alerte rouge.
Peux-tu nous expliquer la situation chez Transdev pendant la canicule ?
Nous sommes en alerte rouge canicule, cela avait été annoncé depuis longtemps, mais la direction n’a pas pris le sujet au sérieux. J’ai envoyé plusieurs mails, j’ai alerté, mais sans réponse, comme d’habitude.
Le premier problème, ce sont les bus sans climatisation. La direction dit qu’il y en a 17. C’est faux : j’ai reçu de nombreuses alertes de conducteurEs, avec les numéros de bus concernés. Il y en a clairement plus. Quand on le signale, on nous répond que les chauffeurEs ne savent pas mettre la clim. On nous prend pour des andouilles.
Et pour l’eau ?
Là aussi, c’est n’importe quoi. Il n’y a pas de distribution d’eau partout. Ils passent à certains terminus, mais pas à tous, et toutes les lignes ne passent pas par les mêmes endroits. À Aulnay-sous-Bois, ils disent qu’il y a une fontaine, mais elle ne fonctionne pas. Nous l’avons signalé.
Dimanche, nous nous sommes déplacéEs : il n’y avait pas de distribution d’eau de 11 heures à 15 heures. Nous avons des vidéos datées. Donc quand la direction affirme que tout est organisé, ce n’est pas vrai.
Les conducteurEs peuvent prendre des pauses ?
Ils disent qu’exceptionnellement les conducteurEs peuvent prendre des « pauses fraîcheur ». Mais une pause fraîcheur, il faut pouvoir la prendre dans un endroit climatisé, à l’ombre, pas dehors en plein cagnard. Sinon, ce n’est pas une vraie pause.
Quand les salariéEs sont au bord du malaise, ils appellent la régulation pour exercer leur droit de retrait. Et là, on les intimide pour les dissuader. On leur dit qu’ils ne seront pas payés, que leur droit de retrait n’est pas justifié. Mais comment un responsable, depuis son bureau climatisé, peut-il juger cela ? Il n’est pas sur la ligne, il n’est pas dans le bus, il ne subit pas la chaleur.
C’est donc aux salariéEs d’évaluer le danger ?
Exactement. Nous sommes en alerte rouge. Si les salariéEs sentent qu’ils sont en danger, ils doivent pouvoir exercer leur droit de retrait. On a vu récemment un accident à la RATP : un chauffeur a fait un malaise et le bus a foncé dans un arbre. Est-ce qu’ils attendent un drame ?
Nous, on alerte, mais ils ne nous prennent pas au sérieux. L’inspection du travail s’est déplacée. La direction lui a dit qu’elle allait faire le nécessaire. Mais rien n’a été fait. Nous avons même proposé d’aider à distribuer de l’eau : ils ont refusé, en disant qu’ils avaient assez de managers et d’agents de médiation. Pourtant, sur le terrain, il n’y avait rien partout. On ne peut pas laisser les salariéEs comme ça. C’est inhumain.
Il faudrait un soutien extérieur ?
Oui. Transdev se dit qu’ils n’ont personne en face d’eux, qu’ils peuvent ne rien faire. Notre syndicat a écrit à Valérie Pécresse et au préfet, parce que cela ne concerne pas que notre réseau.
Île-de-France Mobilités et la région ont leur part de responsabilité. Valérie Pécresse a fait n’importe quoi avec le découpage et la privatisation des réseaux. On ne peut pas nous laisser comme ça.
Il y a déjà eu plusieurs malaises, avec intervention des pompiers. Et il y a aussi le cas d’un intérimaire : il a demandé une pause parce qu’il ne se sentait pas bien. Le lendemain, on l’a mis en fin de mission. Le message est clair : il ne faut pas ouvrir sa bouche, sinon c’est dehors.
Propos recueillis par Alex Bachman