Publié le Jeudi 4 juin 2026 à 09h00.

Liban, Iran, Palestine : reconfiguration impériale

« Mi-guerre mi-cessez-le-feu ». L’évolution de la situation reste largement suspendue aux choix de Trump face à l’échec de son offensive contre l’Iran. Israël tire profit de cet entre-deux pour ses offensives en Palestine et au Liban. 

 

Le cessez-le-feu et les négociations avec l’Iran ont temporairement interrompu l’offensive et les destructions. Trump se retrouve dans une situation plus complexe que prévu : l’attaque contre l’Iran n’a pas provoqué une transformation rapide du régime comme au Venezuela. Or, si les États-Unis disposent des ressources pour poursuivre cette guerre pendant de longs mois, ce n’est pas le cas de leurs alliés régionaux.

L’impasse iranienne de Trump

Probablement poussés à l’offensive par un exécutif israélien déterminé à lancer cette guerre, les États-Unis ont sous-estimé la résilience de la direction iranienne et ses capacités de riposte. Au-delà de sa capacité à frapper de nombreux pays de la région, le contrôle du détroit d’Ormuz, qui n’a visiblement pas été anticipé par les États-Unis, s’est révélé décisif.

Le blocage des échanges dans cette région a des conséquences majeures pour de nombreux pays qui ne peuvent supporter une guerre prolongée. Les économies du Sud-Est asiatique sont particulièrement touchées. La hausse des prix de l’énergie, mais aussi les pénuries d’engrais et de produits dérivés des hydrocarbures, commencent à produire des effets notables.

Même les États-Unis ne sont pas épargnés, plaçant Trump dans une impasse : comment, sans perdre la face, mettre fin à une guerre qu’il n’a pas gagnée ? Plus il attend, plus sa défaite sera humiliante. Les négociations portent aujourd’hui sur les mêmes questions qu’en février 2026 et en juillet 2025, interrompues dans les deux cas par des bombardements états-uniens. Dans ces conditions, les négociations ne peuvent pas déboucher sur un accord favorable à Trump.

De son côté, la classe dirigeante iranienne a fort à faire pour gérer une population qu’elle doit maintenir sous étroite surveillance, privée d’internet et soumise à une forte répression. Son discrédit est en effet profond, notamment depuis les mobilisations populaires réprimées dans le sang en janvier. Dans ce contexte, la guerre constitue un moyen commode de susciter une forme d’union sacrée autour du régime. Mais la fin effective des hostilités pourrait ouvrir la voie à une reprise de la contestation et des révoltes.

Israël profite de cet entre-deux

L’une des clés de cette situation est évidemment Israël. Netanyahou a joué un rôle moteur dans le passage des États-Unis à l’offensive, y voyant à la fois un moyen de repousser ses difficultés judiciaires et de relancer une offensive globale contre la Palestine et le Liban. La situation actuelle, « mi-guerre mi-cessez-le-feu », sert parfaitement les intérêts israéliens : Israël n’a plus à subir les frappes iraniennes, peut reconstituer ses stocks militaires et concentrer ses forces sur la Palestine et le Liban.

À Gaza, Israël a encore renforcé son contrôle. Le « board of peace » et les pseudo-administrateurs chargés de gérer l’enclave n’ont toujours pas réellement pris leurs fonctions. Israël contrôle désormais près de 70 % de la bande et poursuit l’enclavement des 2 millions de PalestinienNEs entasséEs sur quelques kilomètres carrés.

En Cisjordanie, l’offensive coloniale atteint un niveau sans précédent, au point d’avoir contraint l’Europe à prendre de timides sanctions contre certains colons. Mais ces remontrances n’ont pas empêché les expulsions à Jérusalem où des quartiers entiers sont évacués et où même les chrétiens ne sont plus en sécurité.

Mais le changement le plus brutal concerne le Liban. Israël profite de son impunité pour poursuivre sa revanche après les revers de 2000 et 2006 et réoccuper une partie du pays. Son armée est remontée jusqu’au fleuve Litani, elle bombarde des villes millénaires comme Tyr et rase systématiquement les zones proches de sa « frontière », au point de pousser le président libanais lui-même à condamner cette agression.

Une chose est claire : Israël veut être la seule puissance régionale.

La solidarité internationale reste décisive

Cependant, Israël n’est pas parvenu à entraîner les États-Unis dans une guerre prolongée contre l’Iran. Cette situation est aussi liée aux difficultés auxquelles Trump fait face dans son propre pays et à sa popularité en chute libre. Les manifestations « No Kings », les mobilisations contre l’ICE, le soutien à la Palestine et un bilan économique désastreux expliquent en partie ses hésitations sur la marche à suivre vis-à-vis de l’Iran. Même si l’entre-deux actuel lui profite ponctuellement, l’État israélien continuera pourtant à chercher  à anéantir toute menace qui pourrait venir de l’État iranien.

Du côté du front libanais, l’évolution de la résistance vers une guérilla reposant largement sur l’utilisation de drones, à l’image de la résistance ukrainienne, pose de nombreuses difficultés à l’armée israélienne, qui voit le nombre de ses morts augmenter. Or, comme les États-Unis, Israël fonde sa stratégie sur le « zéro perte » de soldats. Les nouvelles tactiques militaires développées par le Hezbollah pourraient ainsi se révéler décisives.

En Palestine, la résistance est fortement affaiblie mais loin d’avoir disparu, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie ou à Jérusalem. Une partie importante de la capacité à faire pression sur Israël se trouve cependant dans les pays occidentaux. L’exemple des flottilles a montré qu’Israël ne recule ni devant le droit international ni devant les provocations. Mais son arrogance a aussi contraint plusieurs chancelleries européennes à hausser le ton. Cela reste malheureusement très en deçà de ce qui serait nécessaire. Mais il faut continuer… à continuer.