Publié le Jeudi 5 novembre 2026 à 09h00.

Mauritanie : Gen Z mauritanienne

Un front syndical étudiant mène une lutte résolue, en dépit de la répression policière, contre les remises en cause du droit à l’éducation.

 

En Mauritanie, un bras de fer s’est engagé entre les étudiantEs et le pouvoir depuis plus d’une semaine. En cause : l’augmentation du prix des transports, qui pèse lourdement sur le coût de la vie, d’autant que l’université de la capitale, Nouakchott, est située en dehors du centre-ville.

 

Le ras-le-bol des étudiantEs

Alors qu’il y a quelques années, les tarifs étudiants permettaient d’effectuer le trajet entre la gare routière et l’université pour 50 ouguiyas, il faut désormais en débourser 300. Mais les mesures qui ont véritablement déclenché la colère sont la restructuration des parcours de bus, qui supprime les arrêts desservant les établissements universitaires, ainsi que l’obligation d’acheter un abonnement mensuel à 5 000 ouguiyas. Ces mesures rendent l’usage des transports inaccessible aux jeunes issuEs des familles les moins aisées.

La mobilisation étudiante exige également davantage de moyens pour l’éducation : revalorisation des bourses, augmentation du nombre de places en master et amélioration de la qualité de la restauration universitaire. Des voix s’élèvent aussi contre les passe-droits dans l’attribution des logements universitaires, qui devraient être réservés en priorité aux étudiantEs venuEs de province et ne disposant pas de famille dans la capitale pour les héberger.

La réponse du gouvernement a été d’envoyer la police sur les campus pour empêcher les rassemblements et la tenue d’assemblées générales. La violence des forces de l’ordre a choqué le pays, sans pour autant entamer la détermination des étudiantEs. D’autant que l’affaire se présente mal pour le gouvernement, qui a tenté, comme à son habitude, mais en vain, de jouer sur les divisions syndicales. Même l’Union générale des étudiants mauritaniens (UGEM), réputée proche du pouvoir, ne se désolidarise pas du « Front étudiant pour la défense des droits et des acquis », qui rassemble les quatre syndicats estudiantins. Celui-ci entend mener la lutte jusqu’au bout, refuse toute rencontre bilatérale et exige une réunion avec le ministre de l’Enseignement supérieur.

 

Une lutte déterminée

Parti des facultés de lettres, de sciences et de droit, le mouvement s’étend désormais aux instituts techniques et professionnels. Les étudiantEs prennent soin de s’adresser aux populations de l’ensemble du pays, en mettant en avant le manque de moyens consacrés à l’éducation. En Mauritanie, d’après le Partenariat mondial pour l’éducation, plus de 30 % des enfants ne sont pas scolariséEs. Dans certains cas, ce sont des bénévoles qui doivent assurer les cours.

Désormais soutenue par les partis d’opposition, la lutte étudiante prend de l’ampleur dans un contexte politique tendu, alors que le président du pays, Mohamed Ould Ghazouani, tente, au mépris de la Constitution, de briguer un troisième mandat.

Les étudiantEs continuent d’occuper les campus malgré les attaques incessantes de la police, qui tente de les déloger à coups de gaz lacrymogènes. Ils et elles lancent une campagne de sit-in simultanés et décentralisés, visant à désorganiser les forces de l’ordre et à étendre la mobilisation.