Publié le Lundi 23 février 2026 à 14h50.

Mobilisation massive des enseignantEs au Gabon

Face à la contestation sociale, le gouvernement gabonais, comme ses prédécesseurs, utilise la répression pour tenter de mettre au pas les grévistes et leurs syndicats.

C’est un bras de fer social qui se joue entre Brice Oligui Nguema, qui a fait tomber la dynastie des Bongo par un coup d’État et qui, par la suite, a remporté l’élection présidentielle au Gabon, et les enseignants qui sont en grève depuis le 10 décembre 2025.

« No money, no school »

Le collectif SOS Éducation a appelé à une grève, soutenue par les organisations syndicales de la profession, pour exiger la régularisation des carrières. De quoi s’agit-il exactement ? Au Gabon, après 18 mois de stage, l’agent est confirmé et peut prétendre bénéficier régulièrement d’une augmentation d’échelon et de classe. En 2015, l’ancien gouvernement a décrété le gel de ces mesures. Ainsi, depuis plus de dix ans, la carrière des enseignants est bloquée. À plusieurs reprises, les organisations syndicales ont alerté les nouvelles autorités et demandé l’ouverture de négociations en mettant en avant les principales revendications : la régularisation des dossiers en attente, qui portent sur les recrutements, les intégrations, les titularisations, les reclassements et les avancements ; un état des lieux des situations administratives bloquées ; un suivi mensuel des dossiers traités avec la création d’un guichet unique, composé de responsables des ministères de l’Éducation nationale, de la Fonction publique, des Finances et du Budget, pour piloter la mise en place des mesures.

Tentative de briser le mouvement

Devant le succès de la grève et la sympathie des populations pour ce mouvement, le gouvernement feint d’être ouvert au dialogue mais, dans la réalité, mène une politique répressive. Dans les villes et les régions, les enseignants subissent les pressions et les menaces des cadres du ministère. Au niveau national, deux dirigeants syndicaux, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, ont été inculpés d’entrave à la liberté et jetés en prison. Une mesure qui n’a fait que radicaliser le mouvement, lequel a refusé toute négociation tant que les syndicalistes ne retrouvaient pas leur liberté. Si le gouvernement a dû céder, il vient de prendre une nouvelle mesure en rendant inaccessibles les réseaux sociaux comme TikTok ou Facebook, car, comme le souligne Qemal Affagnon de l’ONG Internet sans frontières dans une interview à Deutsche Welle, « ce sont des applications qui ont servi de fer de lance de la contestation et qui ont permis de favoriser aussi le réseautage, la mobilisation des internautes ».

Cette mesure est dénoncée comme une atteinte à la liberté d’expression, mais elle est aussi préjudiciable pour les nombreuses personnes utilisant ces réseaux pour exercer leur activité, souvent dans l’économie informelle.

Force est de constater que ce gouvernement utilise des méthodes similaires à celles de l’ancien régime et poursuit la même politique consistant à privilégier les budgets de l’armée et de la police, qui dépassent celui de l’Éducation nationale.

Paul Martial