Publié le Mercredi 14 janvier 2026 à 11h00.

Ni Mollahs ni Shah ! Solidarité avec la lutte des peuples d’Iran

Un soulèvement d’ampleur secoue l’Iran face à un régime à bout de souffle qui ne tient plus que par la répression. Entre aspirations sociales et démocratiques, menaces impérialistes et manœuvres réactionnaires, la solidarité internationale avec la lutte des peuples d’Iran est une nécessité.

 

Déclenché le 28 décembre, le soulèvement ébranle la République islamique d’Iran (RII). La mobilisation s’est étendue à plus de 100 villes. Dans de nombreuses villes, des bâtiments publics, dont des QG des forces de sécurité  ainsi que des mosquées, sont incendiés, la population s’affronte aux forces de répression. Les manifestations sont massives dans ­l’­ensemble du pays.

Une répression sanglante face à des exigences radicales

La RII a instauré un état de siège de fait, déployant partout ses forces de sécurité et ses milices armées. Les communications et Internet ont été bloqués. Le black-out mis en place le 8 janvier est toujours en cours. Le régime mène un massacre à huis clos. Les déclarations du Guide Khameneï, des dirigeantEs du pouvoir judiciaire et du président de la République Pezeshkian sont limpides : ils ont ordonné une répression sanglante, des arrestations massives, des jugements expéditifs et la peine de mort pour les contestataires, qu’ils qualifient de « terroristes armés » et de « nuisibles ». Des milliers de mortEs et d’arrestations sont recensés, et les chiffres ne cessent d’augmenter. Les vidéos de morgues improvisées organisées à Téhéran indiquent le niveau de violence du régime, qui fait tirer à balles réelles sur les manifestantEs. À bout de souffle, le régime ne peut tenir que par la violence et la brutalité. Il veut noyer dans le sang le soulèvement populaire.

Le mouvement exprime une colère profonde et porte des exigences sociales et démocratiques. Il vise à mettre fin à la dictature, à la misère, aux inégalités, ainsi qu’aux discriminations de genre et nationales. Plus que lors du soulèvement « Femme, vie, liberté », le mouvement actuel porte en lui un positionnement de classe. Ni l’oligarchie militaro-théo­cratique qui dirige le pays, ni les monarchistes et néolibéraux, ni aucune autre fraction de la bourgeoisie, ne peuvent répondre aux ­exigences de la rue.

Faire émerger des luttes une alternative progressiste

Les monarchistes iraniens, d’extrême droite, pro-­sionistes, ultralibéraux et autoritaires, cherchent à imposer Reza Pahlavi, le fils de l’ancien Shah, comme solution à la crise. Soutenus par certains États occidentaux, et en premier lieu Israël et les États-Unis, les monarchistes utilisent les richesses volées lors du pillage du pays sous l’ancien régime pour mener une campagne de désinformation massive. Ils profitent du vide créé par la RII et les 47 années de répression qui ont décimé des générations militantes de gauche, et rejeté vers la diaspora leurs organisations politiques, ce qui rend difficile tout lien organique avec les réseaux d’activistes à ­l’intérieur du pays.

Il serait nécessaire que l’ensemble des forces se réclamant des exploitéEs, des oppriméEs et des droits démocratiques convergent dans une structuration et une unité d’action commune. Cette dynamique permettrait de faire émerger des luttes une alternative ­progressiste.

D’autre part, l’intervention des travailleurEs par la grève dans les entreprises stratégiques du pays et l’occupation des unités de travail serait essentielle pour que le mouvement puisse affirmer son ancrage de classe. Malgré la non-reconnaissance légale des organisations syndicales indépendantes, la classe ouvrière a des traditions de lutte importantes. C’est un point d’appui fondamental pour la construction d’un mouvement par en bas, permettant de résister à l’appareil répressif, de contrer les plans de « regime change » de l’impérialisme US, et d’imposer une victoire des classes populaires d’Iran.

Solidarité internationale contre l’ingérence impérialiste

Dans cette situation lourde de dangers, le « regime change » peut prendre des formes variées. Les scénarios portés par Trump — soit installer Reza Pahlavi au pouvoir, soit utiliser Pahlavi pour faire pression sur la RII et négocier un accord avec la mollahcratie, soit parvenir à un compromis entre monarchistes et certaines factions du régime — ont tous pour objectif d’instaurer un ordre autoritaire et ultralibéral favorable à l’impérialisme US et d’écraser la résistance populaire en Iran. Les menaces d’interventions militaires, comme les négociations ouvertes entre la RII et Washington, participent de cette stratégie.

Le soutien à la lutte des peuples d’Iran, et la solidarité internationale, doivent être au centre de l’activité des forces de la gauche sociale et politique.

Babak Kia