Publié le Vendredi 3 septembre 2021 à 08h00.

Où va l’Algérie de Tebboune ?

Le Conseil de sécurité algérien est passé de l’offensive à l’agressivité. Cette structure, produit de la gestion sécuritaire du pays, a décidé que le Mak (organisation indépendantiste kabyle) et Rachad (organisation islamiste) sont deux organisations terroristes. Un paravent efficace pour tromper l’opinion, réprimer les opposantEs et enterrer le hirak.

Sous prétexte d’enquête pour trouver les assassins de Djamel Bensmail, le jeune brûlé vif de Miliana, les services de sécurité arrêtent tout ce qui est makiste en Kabylie. La présidente du Conseil mondial Amazigh, citoyenne à Tizi Ouzou, vient d’être arrêtée. Au total, plus de 80 arrestations selon le procureur.

Où sont les règles de l’indépendance de la justice ? Où est la présomption d’innocence ? Le bûcher est prêt et le peuple doit applaudir ! C’est l’article 87 bis qui pilote l’acharnement judiciaire contre le Mak et Rachad. Un conditionnement est en train de s’opérer pour « makiser » ou « rachadiser » toute pensée critique. Les journalistes, les blogueurs, les influenceurs et tous les actifs de réseaux sociaux sans parler des acteurs politiques et associatifs du hirak sont sur le qui-vive, l’épée de Damoclès du 87 bis est là.

L’Algérie ne souffre ni du Mak, ni de Rachad, ni des délires des réseaux sociaux. Les diaboliser, comme on a diabolisé le FFS en 1963 ou le FIS en 1990, produit clairement l’effet inverse. Notre pays souffre d’un déni du droit et de la justice. Il souffre d’inégalités sociales et d’injustices. Il souffre de prédation et de corruption. Il souffre de l’absence de projet économique et sociétal en phase avec les besoins sociaux et les attentes sociales. L’Algérie souffre de la marginalisation de la jeunesse, en grande majorité instruite. Au désespoir social s’est ajouté l’impact mental et psychique d’une pandémie réduite au confinement et à l’arbitraire de la décision publique.

« Qu’ils dégagent tous »

Le hirak était bien dans le sens de l’histoire quand il lançait son fameux « Yetnehaw ga3 » (« Qu’ils dégagent tous ») donnant une dimension systémique à cette crise que vit l’Algérie. Ni le Mak, ni Rachad et encore moins le FIS, les partis régionalistes, les dizaines de partis préfabriqués n’ont été des acteurs anti-crise, dessinant des scénarios alternatifs pour le pays. Le champ politique est à réinventer. La pensée critique est à reconstruire et la souveraineté populaire doit s’exercer sur fond de culture démocratique. On ne peut plus gérer l’Algérie par des noyaux opaques de décideurs miliaires ou civils. On ne peut plus réduire l’idéologie au religieux ou à l’identitaire, obsessions d’une société aculturée, désintellectualisée. On ne peut plus continuer à espérer de la mondialisation libérale et capitaliste une perspective de modernité et de progrès social car ses décideurs s’accommodent de toutes nos « déviances » politiques et idéologiques pour raisons de géostratégie et d’intérêts de multinationales marchandisant tout, y compris nos vies.

Le hirak n’est pas mort. Un cycle de mouvement populaire s’est clôturé sous pression de la répression, de l’article 87 bis et du covid, sur fond de manipulation et d’unilatéralisme administratif. Les centaines de morts dans nos villages kabyles, l’assasinat abject de Djamel Bensmail, les dizaines de détenuEs d’opinion injustement incarcérés, les centaines de morts du covid victimes de l’état délabré de notre santé publique : toutes et tous seront notre mauvaise conscience, l’expression de notre impuissance. Il faut dire que quand il n’y a pas de contre-pouvoirs, de contrepoids aux pouvoirs autoritaires tournant le dos aux libertés politiques et individuelles, tout pays est perméable à toutes les dérives y compris totalitaires.

L’article liberticide 87 bis doit être enterré. les médiations et passerelles avec la société plurielle que nous sommes doivent être reconstruites sur des fondements démocratiques. Les politiques publiques doivent radicalement changer de cours et en finir avec ce néolibéralisme destructeur. Les acteurs politiques et sociaux doivent être libérés de toute pression ou répression.