Publié le Jeudi 26 février 2026 à 16h00.

La circulaire Baptiste contre la liberté d’expression dans les universités

Philippe Baptiste, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a annoncé mardi 17 février l’interdiction des meetings politiques dans les universités « en cas de risque pour l’ordre public ». C’est une attaque de plus contre la liberté d’expression au sein des facs.

Pour celles et ceux qui ont suivi la situation des États-Unis ces dernières années, il est facile de voir les similitudes dans le traitement de la question des « campus » entre les États-Unis et la France. C’est le même « playbook », les mêmes recettes mises en œuvre, les mêmes controverses inventées, financées par des milliardaires.

Une même haine des universités anime les droites à travers la planète. Autrefois hauts lieux de sélection sociale, réservées à une élite masculine, bourgeoise et blanche, leur démocratisation, la diversification de leur recrutement et le développement des sciences humaines et sociales ont fait reculer les pensées réactionnaires et avancer les droits civiques et sociaux.

Répression des pensées critiques et mobilisations

Il y a d’abord eu l’importation des paniques morales sur la liberté d’expression et le « wokisme », relayées par des essayistes comme Caroline Fourest ou Jean-François Braunstein, ou par la Fondapol. En lien avec l’agitation du fumeux « Observatoire d’éthique universitaire » financé par Stérin et la promotion de Florence Bergeaud-Blackler, il s’agit d’imposer un cadrage présentant les facs comme ­bastions d’un « islamo-gauchisme » et d’un « wokisme » totalitaires.

Ces attaques ont légitimé la répression des pensées critiques et des mobilisations : définancement de l’Université Lyon II par la région Auvergne-Rhône-Alpes sous l’impulsion de Laurent Wauquiez, adoption de la pseudo-loi contre l’anti­sémitisme à l’université, mesures contre les mobilisations liées au génocide à Gaza.

Faire taire les gauches sur les campus

Mais tout en appelant à censurer, les droites sont particulièrement virulentes sur la défense de leur propre « liberté d’expression », contre la « cancel culture ». Il n’y a pas de contradiction. L’enjeu est avant tout de définir qui est légitime à s’exprimer et à dire « le vrai ». On le voit avec la santé trans, où le consensus scientifique est combattu par une coalition de catholiques réactionnaires, soutenus par Stérin et Bolloré, et de psychanalystes bénéficiant d’un accès privilégié aux médias ; les mêmes attaques viennent des climato­-négationnistes.

Avec cette nouvelle circulaire ministérielle, il s’agit de faire taire les gauches sur les campus. Nous savons que ce sont les conférences de Rima Hassan qui seront interdites, et non celles des réactionnaires. Aux États-Unis, l’objectif de la campagne anti-universités a été de placer celles-ci sous la tutelle des milliardaires d’extrême droite et de casser les statuts des enseignantEs pour faciliter leur licenciement. La commission d’enquête sénatoriale sur « l’excellence académique », qui entend aussi travailler sur « le pluralisme et la neutralité des universitaires », s’inscrit dans cette même logique.

Sally Brina