Publié le Jeudi 12 février 2026 à 09h00.

Palestine : Les politiques carcérales internationales d’Israël

Alors que la colonisation et la répression s’intensifient en Palestine, la politique carcérale israélienne atteint un niveau sans précédent. Arrestations massives, tortures, détentions arbitraires et extension internationale des dispositifs répressifs participent d’un système colonial globalisé.

Le génocide continue en Palestine occupée. L’établissement de la phase 2 est simplement une autre manière — moins spectaculaire — de coloniser Gaza. Alors qu’elle était prévue dans les accords de cessez-le-feu, l’ouverture — pendant 4 jours seulement et au compte-gouttes — du point de passage à Rafah en est l’exemple criant. Le nettoyage ethnique s’accentue aussi en Cisjordanie où l’État colonial israélien a décidé de s’octroyer encore plus de pouvoir militaire dans les zones A et B fragmentées par Oslo et normalement sous contrôle civil de l’Autorité palestinienne. Cela permet à l’armée d’arrêter les PalestinienNEs pour des « motifs non sécuritaires ».

Une gigantesque politique carcérale 

Cette nouvelle avancée coloniale va alimenter la politique carcérale déjà gigantesque d’Israël : l’État colonial israélien arrête quotidiennement des PalestinienNEs. Plus de 10 000 d’entre elles et eux sont en détention aujourd’hui, enferméEs illégalement et soumisEs à des actes de violence et à des privations de soins, etc. 

La torture de prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes est documentée depuis longtemps, notamment par l’organisation Addameer et de nombreux observateurs internationaux, notamment de l’ONU. Mais des récits particulièrement insoutenables nous sont parvenus ces deux dernières années avec une généralisation de pratiques les plus barbares, notamment dans le camp de Sde Teiman, dans le Naqab, au sud de la Palestine occupée.

Privation de nourriture, enchaînement douloureux, musique assourdissante, viols par des animaux, etc. Israël va jusqu’à tuer les prisonniers palestiniens et garder leurs corps en otage. Les personnes enlevées à Gaza par l’armée peuvent disparaître sans jamais avoir été enregistrées.

Intimidations sans frontières

L’impunité dont jouit Israël en Europe lui permet d’enfermer et de tuer des PalestinienNEs, mais aussi d’arrêter des internationaux. Ces arrestations visent à intimider les militantEs et à laisser le champ libre aux colons pour voler les terres agricoles palestiniennes. Camille et Momo en ont fait les frais la semaine dernière. Alors que ces deux Français étaient en Cisjordanie, ils ont été arrêtés par l’État colonial israélien, dimanche 1er février.

Camille, militante pour les droits humains, a été arrêtée alors qu’elle constituait, avec une délégation de l’International Solidarity Movement, une présence d’interposition non violente dans le village de Mughayyer, près de Ramallah en Cisjordanie. Les attaques de colons contre les paysans palestiniens y sont aussi violentes que la résilience des Palestiniens est impressionnante. Les deux ont finalement été déportéEs vers la France, une pratique de plus en plus normalisée pour Israël, qui bénéficie de la complicité d’un grand nombre de pays occidentaux.

Complicité partout

Cette complicité permet de sous-traiter, partout, l’oppression des PalestinienNEs. Aux États-Unis, les PalestinienNEs subissent un traitement à la Guantanamo : la police raciste ICE arrête et détient arbitrairement des PalestinienNEs. Elle se permet en plus de leur confisquer des documents personnels et de les déporter discrètement en Cisjordanie en jet privé. Une vingtaine de PalestinienNEs se sont ainsi retrouvéEs envoyéEs en Cisjordanie parfois après plus d’un an de détention sans aucune information aux familles.

En France, Ali, un réfugié palestinien, a été perquisitionné et arrêté devant sa femme et ses jeunes enfants et reste aujourd’hui enfermé pour le compte d’Israël.

Smotrich a annoncé enterrer définitivement l’idée d’un État palestinien sans jamais perdre le soutien de ses alliés occidentaux. Aujourd’hui, il n’existe qu’un seul État entre la mer Méditerranée et le Jourdain. Un État colonial qui se maintient par le nettoyage ethnique, l’apartheid et le génocide. Les tortures dans les prisons ne constituent pas une dérive, elles sont le résultat du colonialisme, du racisme antipalestinien et de la ­déshumanisation qui en découle.

Monira Moon et Édouard Soulier