Tous gagnants, tous perdants ? Depuis dimanche soir, entre « analyses » orientées et anathèmes, les représentantEs des différentes sensibilités de la gauche se renvoient la balle afin de démontrer que les résultats valident la justesse de leurs orientations respectives en vue de la présidentielle…
Mettons-nous au clair et convenons que, dans ces résultats contrastés, on peine à ce stade à tirer un bilan global précis.
Des résultats contrastés
Le PS garde ses principaux points d’appui dans la capitale et dans les grandes métropoles régionales (Paris et Marseille bien sûr mais aussi Nantes, Rennes, Montpellier, Lille), prenant même Saint-Étienne ou Pau… tout en perdant Saint-Denis, Brest ou Clermont-Ferrand. Les Écologistes, eux, parviennent certes à sauver Lyon… mais perdent Bordeaux, Strasbourg, Annecy, Besançon ou Poitiers. Le PCF garde une grande majorité de ses 600 communes, gagnant même Aubagne et Nîmes, mais en perd une quarantaine !
Enfin, parti d’à peu près rien, La France insoumise peut savourer sa percée, mais le second tour est loin d’avoir porté tous ses fruits. Sont acquises Roubaix, Saint-Denis, Vénissieux, Vaux-en-Velin, La Courneuve, Creil… Mais Toulouse et Limoges marquent bien les limites symboliques du possible rassemblement de toute la gauche derrière LFI. Et à l’exception de Roubaix (gagnée contre la droite centriste), l’installation de LFI se fait essentiellement sur fond d’usure du PS et du PCF municipaux, pas en faisant reculer les positions de la droite ou du RN.
Divisions et contradictions
Ces municipales ont eu lieu au moment où les contradictions au sein de la gauche étaient à leur paroxysme. Refus de censurer le gouvernement par le PS, campagne contre LFI accusée de soutenir la violence politique après la mort du néo-nazi Quentin Deranque, retour du procès en antisémitisme, etc. C’est dans ce contexte chauffé à blanc que la direction nationale du PS a donné le la, refusant dans une irresponsabilité totale tout accord incluant LFI, participant ainsi largement à la chasse orchestrée par la droite, l’extrême droite et leurs relais médiatiques contre la gauche de rupture.
Dès lors, on ne s’étonnera donc pas que, suite aux revirements des représentantEs locaux de ce même PS, les accords municipaux d’entre-deux-tours incluant LFI n’aient pas tous porté leurs fruits. De ce point de vue, à Toulouse, c’est autant l’activité plus ou moins souterraine de la gauche Delga que les calomnies ignobles venues de la droite Moudenc qui peuvent expliquer l’échec de la liste Piquemal à s’emparer de la mairie.
Quoi qu’il en soit, à ce stade, c’est bien l’aspiration unitaire de rassembler la gauche contre l’offensive de l’extrême droite qui est abîmée. Cela d’autant plus que le « dégagisme » qui a visé en particulier plusieurs municipalités sortantes de la gauche PS ou écolo ne doit pas nous faire oublier qu’entre rupture et accompagnement du système, la cohabitation entre deux orientations contradictoires au sein de la gauche continue de travailler ses divisions.
Manu Bichindaritz
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