Publié le Mercredi 7 janvier 2026 à 18h08.

La France ne doit pas livrer Gino à l’Allemagne

L’histoire de Rexhino Abazaj, dit « Gino », est celle d’un acharnement politique qui dépasse les frontières : c’est le laboratoire d’une criminalisation globale de l’antifascisme. Arrêté à Paris sur la base d’un mandat d’arrêt européen, il risque une extradition vers la Hongrie de Viktor Orbán pour avoir combattu le fascisme.

L’arrestation de notre camarade Gino à Paris, le 16 décembre 2025, sur la base d’un mandat d’arrêt européen émis par l’Allemagne, marque un tournant gravissime. La justice française avait rejeté une première demande d’extradition grâce à la mobilisation, mais l’acharnement policier transfrontalier ne faiblit pas. Malgré une remise en liberté avant Noël, la mobilisation doit être relancée à l’approche de l’examen, le 28 janvier, de la demande d’extradition.

L’Europe complice du régime d’Orbán

Tout commence en février 2023 à Budapest, lors du « Jour de l’Honneur », rassemblement annuel où des milliers de néonazis venus de toute l’Europe paradent avec l’aval du gouvernement pour célébrer la Waffen-SS. Gino, comme d’autres militantEs internationalistes, s’y est rendu pour s’opposer à cette provocation fasciste. Le régime d’Orbán réclame sa tête, l’accusant d’avoir participé à une « organisation criminelle ».

Après une première victoire judiciaire au printemps 2025, la joie aura été de courte durée. L’Allemagne, via un mandat d’arrêt européen, sert désormais de blanc-seing à la demande hongroise pour contourner les réticences françaises. Gino risque jusqu’à 21 ans de prison dans des conditions documentées par Ilaria Salis, aujourd’hui eurodéputée :  cellules infestées, isolement, humiliations et sévices corporels. Nous devons nous opposer de toutes nos forces à la volonté du régime d’Orbán d’en faire un prisonnier politique.

La stratégie du « terrorisme intérieur »

Ce que subit Gino s’inscrit dans un modèle de répression déjà à l’œuvre aux États-Unis. Depuis septembre dernier, un décret y classe le mouvement « antifa » comme organisation terroriste. Désormais, porter une cagoule ou posséder un flyer politique peut suffire à être qualifié de « terroriste intérieur » devant certains tribunaux. Cette rhétorique vise à délégitimer et criminaliser l’action directe antifasciste.

L’Europe imite point par point cette dérive : par l’usage des paragraphes 129a-129b du Code pénal en Allemagne et le recours systématique à l’accusation de « formation d’organisation criminelle » pour des actions de rue ; par la neutralisation du droit d’asile : en utilisant le mandat d’arrêt européen comme une procédure purement administrative, les États effacent la nature politique des délits pour traiter les antifascistes comme des criminelLEs de droit commun ; par l’inversion des valeurs : tandis que les néonazis du « Jour de l’Honneur » sont protégés par la police d’Orbán, les opposantEs sont traquéEs par les États libéraux via Interpol.

Nous dénonçons fermement cette Internationale de la répression. L’affaire Gino est un verrou politique que nous ne devons pas laisser sauter. Accepter l’extradition d’un militant antifasciste ouvrirait la voie à une répression sans limites.

La commission locale antifasciste de la région parisienne