Droitisation accélérée, banalisation du racisme et marche à la guerre : l’urgence est de reconstruire des mobilisations unitaires pour imposer une alternative — sans attendre 2027.
De manière qui semble irrésistible, la droite et le centre poursuivent leur droitisation. Le RN sort des municipales renforcé dans ses bastions et avec une implantation géographique élargie. L’union des droites est en marche : concrétisée à Nice avec l’élection du fasciste Ciotti, elle apparaît désormais tacitement acceptée tant à LR qu’au RN. Et c’est avec un ancrage à droite, voire très à droite, que les candidatEs issuEs du macronisme ont été éluEs ou ont réalisé de bons scores. De quoi permettre à Attal de déclarer, en toute décontraction : « Il faut très vite que nous nous remettions à parler de la France aux Français ».
En face, la gauche apparaît profondément divisée. D’un côté, un PS prêt à toutes les compromissions pour gérer le système, du refus de la censure à celui d’alliance pour faire battre le RN, en passant par le relais des attaques de la droite et de la macronie contre les antifascistes et LFI. De l’autre, LFI, qui incarne une gauche de rupture en progression, mais qui avance seule et reste focalisée sur l’échéance de 2027.
Contre le militarisme et la fascisation…
Le déferlement raciste suscité par l’élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis, en région parisienne, illustre l’ampleur de la banalisation des idées racistes. Cette séquence met en lumière la possibilité d’un basculement vers un pouvoir fasciste en 2027, d’autant que d’ici là, des accélérations comme celle observée après la mort de Quentin Deranque ne sont pas à exclure…
Les attaques contre les travailleurEs et la marche à la guerre se poursuivent : aucune mesure contre la hausse des prix ; remise en cause du 1er Mai ; trois mois de droits au chômage en moins en cas de rupture conventionnelle ; « correction » du budget 2026 avec une rallonge de 8,5 milliards d’euros pour les armées ; hausse du nombre de têtes nucléaires (et secret sur leur nombre) ; mise en chantier d’un sous-marin et d’un porte-avion nucléaire (19 milliards d’euros de commandes en 2025 pour le groupe d’armement Naval Group) ; complicité avec le génocide à Gaza ; participation à la guerre en Iran (drones et Rafale)…
Très prochainement s’ouvrira la discussion du budget 2027. Elle pourrait faire émerger une large unification politique autour d’un projet de « keynésianisme militaire vert » ou d’« écologie de guerre », prétendant articuler « transition écologique » et militarisation au nom de la « souveraineté énergétique ».
… par des mobilisations unitaires sans attendre 2027
En 2024, le Nouveau Front populaire (NFP) a constitué une avancée, certes d’abord électorale, vers un front politique et social porteur d’une politique de rupture. Une avancée qui n’aurait sans doute pas été possible sans la mobilisation unitaire massive du printemps 2023 contre l’allongement de l’âge de départ en retraite. Sans fétichiser cette expérience, elle montre néanmoins la force des dynamiques d’unification politique portées par les mobilisations.
Aujourd’hui, on voit bien combien la fragmentation politique à gauche pèse sur le déclenchement des mobilisations, tandis que leur absence favorise le repli des appareils sur leurs intérêts boutiquiers, avec le risque que la présidentielle capte l’essentiel des énergies et des stratégies. Pourtant, l’unité, sur la base d’un programme de rupture, reste nécessaire et constitue un horizon stratégique à ne pas abandonner. Par ailleurs, rien n’exclut une irruption de type Gilets jaunes ou Bloquons tout face à la dégradation de nos conditions d’existence.
La grève féministe du 8 mars 2026, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, ainsi que les manifestations antiracistes du 14 mars, ont montré qu’il existe un potentiel de mobilisation. La solidarité avec la Flottille pour Gaza qui part le 4 avril, le 1er Mai comme rendez-vous antifasciste et antimilitariste, ou encore la grande manifestation du contre-G7 à Genève le 14 juin contre la marche à la guerre, sont autant d’échéances à construire dans l’unité la plus large possible. La riposte au fascisme et à la militarisation ne doit pas attendre 2027.
William Donaura