Publié le Samedi 18 juillet 2026 à 13h00.

Marine Le Pen condamnée et candidate en position de force

La condamnation de Marine Le Pen ne semble pas, pour l’instant, affaiblir le RN dans les sondages. Le parti poursuit sa progression et impose toujours davantage ses orientations à la droite et à la macronie.

 

Suffira-t-il de se mettre dans la posture de la victime — victime des autres, victime d’une justice politisée, victime de machinations malveillantes — pour gagner, malgré une condamnation plus ou moins lourde ? Chez Donald Trump, en 2024, cela a fonctionné : son élection à la présidence des États-Unis lui aura permis d’échapper à plusieurs procès qui le menaçaient.

 

La stratégie de la victimisation

Mais est-ce que cela marchera aussi pour Marine Le Pen dans la société française ? Les premiers sondages publiés depuis sa condamnation du 7 juillet dernier semblent accréditer cette idée : ils la donnent en tête, avec 35 % à 36 %, au premier tour d’une élection présidentielle si elle se déroulait demain, puis gagnante dans toutes les configurations au second tour. Il reste toutefois neuf mois avant le scrutin, qui peuvent encore changer la donne.

Une difficulté, pour l’actuelle cheffe des députéEs du RN à l’Assemblée nationale, résidera dans le fait que ses propres déclarations passées à propos des responsables politiques « condamnés pour atteinte à la probité », qui devraient, selon elle, être « inéligibles à vie », lui seront constamment opposées.

 

Le Pen et Bardella

Une autre question politique portera sur les conséquences du choix de Marine Le Pen comme candidate, au détriment de Jordan Bardella, qui se préparait lui-même, de manière un peu trop visible, à l’élection présidentielle au cours des derniers mois. Les sondages récents semblaient le favoriser dans ce rôle. Surtout, la couverture de la presse bourgeoise, notamment conservatrice, aurait été nettement meilleure pour lui que pour elle. Il est vrai que, faisant parfois fi du besoin de démagogie sociale historiquement propre à l’extrême droite, Bardella avait poussé loin sa prise en compte des intérêts immédiats du patronat, son adhésion aux thèses libérales et même, à travers l’exposition de sa vie privée dans Paris Match, sa proximité avec certains milieux aristocratiques.

 

Démagogie sociale et politique patronale 

Là où Marine Le Pen avait patiemment construit une campagne de démagogie sociale sur les retraites — même si son opposition très affichée aux réformes gouvernementales masquait mal un programme qui ne l’était guère, puisqu’elle ne promettait pas le retour à la retraite à 60 ou 62 ans pour la majorité du salariat —, Bardella ne s’en embarrassait pas. Dans une interview au journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung du 12 mai, puis lors d’un séminaire du RN du 12 juin, il a abandonné l’argumentation le­­peniste sur les retraites, en laissant entendre qu’un âge de départ à 66 ans pouvait ­également lui sembler acceptable.

Avec Marine Le Pen, davantage d’attention sera sans doute accordée aux gages à donner à un électorat issu des classes populaires. Toutefois, c’est bien Bardella que Le Pen entend nommer à Matignon pour conduire la politique gouvernementale, au cas où elle serait élue à l’Élysée…

 

Les victoires du RN 

En attendant, le RN a engrangé une nouvelle victoire politique importante, après, par exemple, l’adoption de la loi Darmanin sur l’immigration avec ses voix, ajoutées à celles de la macronie et de LR, en décembre 2023. La première semaine de juillet 2026, l’Assemblée nationale a adopté, avec le même arc de forces politiques, une loi sur la présomption de légitime défense en cas d’utilisation des armes à feu par des membres de la police ou de la gendarmerie. Il s’agit d’une vieille revendication déjà inscrite dans les programmes du Front national du temps de Jean-Marie Le Pen. Le texte a été adopté en première lecture malgré 600 000 signatures recueillies par une pétition qui s’y opposait.