Le 8 mai 1945, l’Europe célèbre la fin du nazisme alors même que l’armée française massacre des milliers d’AlgérienNEs pacifiques réclamant leur indépendance.
Le contraste reste insoutenable 81 ans plus tard. La guerre laisse des structures de domination, des haines héritées, des inégalités systémiques. Le « plus jamais ça » de 1945, sans vigilance active, devient un slogan creux. C’est dans ce contexte que s’est tenue, le 8 mai, la manifestation antimilitariste à Saint-Nazaire contre le projet du nouveau porte-avions nucléaire, qui coûtera plus de 10 milliards d’euros.
La guerre comme projet de classe
Aujourd’hui, le discours dominant impose la « guerre longue » et la réorientation des budgets vers l’armement. Chaque production militaire est un vol sur le dos des travailleurEs. L’argent qui pourrait servir à la santé ou à l’éducation est détourné pour alimenter la machine de mort.
L’antimilitarisme est une position de classe. Refuser la guerre, c’est refuser que les décisions de vie ou de mort soient prises par des généraux et des industriels loin des réalités populaires. C’est aussi refuser l’impérialisme et soutenir les résistances, y compris armées, des peuples opprimés partout sur la planète.
Unité antimilitariste
Avec plus d’un millier de manifestantEs à Saint-Nazaire, la dynamique est lancée contre la machine de guerre. Mais au-delà du nombre, c’est bien la qualité de l’unité, dans un paysage politique fragmenté, qui rend cette manifestation si enthousiasmante : intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires du 44, lycéenNEs, collectifs féministes et Palestine, associations locales et nationales, coalition régionale de Guerre à la Guerre, Soulèvements de la Terre, nombreuses organisations politiques dont le NPA-A, bien représenté dans la manifestation avec l’aide des camarades de Rennes, Quimper et Nantes…
Le capitalisme arrive dans une impasse. La réponse du système est la militarisation. La mobilisation du 8 mai a été la démonstration que nous pouvons tenter d’inverser la tendance.
De la détermination malgré le dispositif policier
Intimidations, contrôles et fouilles : les forces de l’ordre, en nombre disproportionné, ont tenté de casser l’ambiance festive qui vibrait sur la place de l’Amérique latine. Pendant que se tenaient les prises de parole, elles ont chargé à plusieurs reprises pour empêcher qu’une caricature en papier mâché de Macron puisse défiler : crime de lèse-majesté. Elles n’auront pour autant pas réussi à empêcher la construction d’une maquette de porte-avions de plus de 6 mètres, devenue le symbole de cette manifestation contre les guerres impérialistes.
Elles ne nous auront pas non plus empêchéEs de scander nos slogans : « Guerre à la guerre, Saint-Nazaire est ouvrière, pas militaire », « À bas l’État policier ! » Malgré les cordons de CRS, la détermination des camarades a permis d’accéder à la plage, où nous avons pu enflammer la maquette du porte-avions (tradition carnavalesque).
Rien n’est joué
Les premières tôles du porte-avions seront découpées dans plus de quatre ans. Pour construire les réacteurs nucléaires, une usine Naval Group devra être construite sur les bords de Loire à Nantes, en pleine zone inondable. Bien des choses peuvent arriver d’ici là. Des camarades en appellent à l’IA : l’intelligence antimilitariste qui propose, en lien avec les travailleurEs des Chantiers de l’Atlantique et de Naval Group, de nombreuses actions à construire. Cette journée n’était qu’un début.
Correspondante