Privé de majorité, le pouvoir macroniste gouverne encore grâce au refus du PS de le censurer. À coups de décrets, de procédures accélérées et de contournement du débat parlementaire, l’exécutif poursuit méthodiquement son programme de destruction sociale au bénéfice du capital.
En avril, l’Assemblée nationale devra examiner la loi de programmation militaire, qui prévoit une hausse de 6,7 milliards d’euros du budget de la défense. Dans un contexte de crise sociale, de services publics exsangues et d’urgence écologique, ce choix révèle une priorité claire : priorité aux marchands de canon sur les besoins des populations.
Parallèlement, le gouvernement accélère un nouvel acte de décentralisation qui s’annonce surtout comme un transfert de charges vers des collectivités déjà fragilisées. Sous couvert de « proximité » et d’« efficacité », il s’agit de poursuivre le démantèlement de « l’État social » en dispersant les responsabilités et en affaiblissant les solidarités.
Des orientations énergétiques autoritaires
La publication par décret de la programmation pluriannuelle de l’énergie illustre cette dérive autoritaire. Les orientations énergétiques — déterminantes pour l’avenir écologique et industriel — sont fixées sans véritable délibération démocratique. Derrière les discours sur la transition, c’est la planification au service des grands groupes énergétiques qui se dessine. Derrière « l’oubli » d’un grand service public de l’énergie se cache la mise en pause des énergies renouvelables, le renforcement du nucléaire et « l’art du vide en matière de transition écologique et solidaire », comme le dénonce la Fondation pour la nature et l’homme.
Restriction raciste de l’AME
La méthode est identique en matière sociale. Le décret restreignant l’Aide médicale d’État participe d’une politique de stigmatisation des plus précaires, des étrangerEs, transformés en boucs émissaires des difficultés budgétaires. Tout cela fait le jeu du RN. Près de la moitié des sans-papiers ne se lancent pas dans la course à la demande de l’AME. Ajouter l’obstacle de présenter un document avec photographie, pour ceux qui ont parfois tout perdu en traversant la Méditerranée, c’est encore priver de ce droit 20 % des sans-papiers, selon Médecins du Monde. Une économie morbide de 184 millions d’euros, qui va dégrader encore plus leur santé, et au final celle de toustes.
Chômage, apprentissage… Tout pour le Medef
Dans le même esprit, le ministre du travail se dit favorable à la suspension des allocations chômage en cas de « suspicion sérieuse de fraude ». Une formule floue qui instaure la présomption de culpabilité pour les privéEs d’emplois, tout en laissant intactes les fraudes fiscales massives des employeurs, qui défraient pourtant l’actualité.
La réforme de l’apprentissage, saluée par le Medef, confirme l’orientation générale : subventionner massivement la main-d’œuvre bon marché et flexibiliser encore le travail des jeunes. Le patronat ne s’y trompe pas et pousse plus loin ses exigences, notamment avec la proposition d’un « CDI jeunes », nouvelle tentative de segmenter le marché du travail et d’institutionnaliser encore plus la précarité.
Verrouillage antidémocratique
S’il y a bien une chose de sûre avec le remaniement annoncé, c’est que cela ne changera en rien une politique au service du capital. Fait du prince, au mépris de tout soupçon de conflit d’intérêt, la ministre des comptes publics Amélie de Montchalin atterrit directement à la très libérale Cour des comptes, verrouillant encore un peu plus cette institution. Symbole de cette classe politique sans scrupule, mise en cause dans pas moins de cinq affaires, Rachida Dati ne sort pas du gouvernement à la suite d’une opération « mains propres », mais bien pour essayer de conquérir la Mairie de Paris, à la suite d’un deal entre la Macronie et la droite.
Faute de consentement démocratique, ce pouvoir minoritaire gouverne par contrainte réglementaire. Faute de justice sociale, il mobilise l’ordre et la discipline. Et faute de légitimité populaire, il s’en remet aux décrets pour imposer une politique dont l’objectif reste inchangé : adapter la société aux exigences du capital, quoi qu’il en coûte. À nous de les bloquer, dans la rue et dans les urnes !
Frank Prouhet