Publié le Mercredi 30 septembre 2026 à 10h58.

L’OCDE, le capital humain et la mesure managériale

L’organisme qui pilote les enquêtes PISA n’a rien d’une institution pédagogique : l’OCDE est un forum économique libéral conçu pour promouvoir le libre-échange. En dictant sa propre mesure de la réussite scolaire, elle applique aux élèves la grille de lecture de la théorie du « capital humain ». L’école y est pensée non pas comme un lieu d’émancipation critique, mais comme une chaîne de production ajustée aux exigences de la rentabilité patronale.

Les compétences évaluées par PISA visent d’abord à façonner des travailleurEs adaptables et immédiatement exploitables sur un marché du travail mondialisé. Cette standardisation internationale met en concurrence la main-d’œuvre dès le plus jeune âge, réduisant les savoirs à une simple utilité ­économique.

Surtout, l’ingénierie de l’OCDE sert d’instrument pour ­importer le management au sein de ­l’Éducation nationale. Le pilotage par les résultats contraint les administrations à gérer les ­services publics comme des entreprises privées : obsession des indicateurs chiffrés, mise en concurrence des établissements et évaluation permanente des personnels.

En imposant ses standards, l’OCDE court-circuite tout débat démocratique sur ce que doit être l’école. Pire, la fixation sur ces indicateurs nourrit un juteux marché privé : cabinets de conseil, ingénierie de la formation et multinationales de l’édition éducative s’engouffrent dans la brèche pour vendre aux ministères leurs solutions clés en main pour « remonter au classement ». La pédagogie est confisquée aux enseignantEs au profit de technocrates et de marchands d’éducation.

Cette gestion managériale culpabilise les personnels, fragilise les statuts et installe une culture du chiffre destructrice du sens du métier. En érigeant la performance managériale en dogme, PISA ne cherche pas à transformer l’école pour le bien des élèves, mais à soumettre l’instruction publique aux exigences strictes du capitalisme.