Les vénézuélienNEs sont toujours en état de choc après les bombardements étatsuniens, et la situation économique, sociale et politique est source d’inquiétudes majeures.
La stupéfaction et l’inquiétude traversent l’ensemble de la société, quels que soient les positionnements politiques des unEs ou des autres. Pourtant, la vie doit reprendre : les écoles ont rouvert ce lundi, il faut sortir, travailler, s’organiser. Cette normalité contrainte cohabite avec une angoisse persistante et un sentiment de très grande incertitude pour l’avenir.
Une économie sous cloche impérialiste
Sur le plan matériel, la situation est marquée par une inquiétude diffuse mais profonde. Le marché parallèle s’emballe, ravivant la peur d’un retour de l’hyperinflation qui avait eu des effets dévastateurs sur les conditions de vie. Les marchés noirs — qui passent par les devises et les cryptomonnaies — compliquent les calculs les plus élémentaires du quotidien.
L’économie est de fait placée sous cloche impérialiste. Le pétrole vénézuélien ne circule pas librement, les sanctions continuent de peser lourdement, et la dépendance aux importations rend la population particulièrement vulnérable. Une très grande vigilance s’impose, beaucoup redoutent des pénuries de nourriture et de médicaments.
Une situation politique verrouillée
Sur le terrain politique, la situation est bloquée. Les seules mobilisations autorisées sont celles organisées par le gouvernement. Elles s’appuient en partie sur la contrainte mais également sur le soutien réel d’une partie de la population. Lors des élections de 2024, le pouvoir a obtenu environ 30 % des voix. Le chavisme officiel reste une force politique avec une assise dans la population, nourrie par des mécanismes de dépendance, mais aussi par des attachements symboliques profonds à ce qu’a représenté la dynamique de la révolution bolivarienne.
Toute mobilisation indépendante est empêchée ou réprimée. Une manifestation syndicale prévue le 15 a ainsi été annulée. Les gauches dissidentes n’ont aujourd’hui aucun espace pour s’exprimer publiquement, et encore moins dans la rue.
Les seules occupations de rue non gouvernementales qui peuvent avoir lieu sont celles de familles de prisonniers politiques. Elles se rassemblent sous la forme de veillées statiques, pour attendre des nouvelles devant les lieux de détention. Le gouvernement a suscité de l’espoir en annonçant la libération de 400 prisonnierEs. Dans les faits, seules une quinzaine de libérations semblent avoir eu lieu pour le moment.
Un accès restreint à l’information
Les informations sur la situation sur place sont limitées : il n’existe pratiquement plus de récits de première main accessibles depuis l’extérieur.
Le contrôle de l’information par le régime était déjà très fort avant l’attaque de l’US Air Force. Pour en donner une idée, lors de l’installation de la nouvelle Assemblée nationale il y a un an, le 5 janvier 2025 — un événement très institutionnel, peu sensible — une dizaine de journalistes ont été interpelléEs. Même s’iels ont été rapidement libéréEs, c’était un signal clair envoyé à la presse.
Aujourd’hui, l’accès à l’information est devenu encore plus difficile. Les journalistes internationaux sont largement tenus à l’écart, empêchéEs d’entrer dans le pays ou renvoyéEs immédiatement dès leur arrivée à l’aéroport. Dans ce contexte, l’information circule via des réseaux militants et syndicaux. Mais la peur, la surveillance et l’autocensure préventive pèsent lourdement sur les communiqués et les prises de parole. Nos informations viennent essentiellement de nos contacts personnels sur place, via nos camarades vénézuélienNEs exiléEs.