Publié le Jeudi 15 octobre 2026 à 13h56.

Des mauvais traitements médiatiques

Les blocages ont fini par entrer dans les JT, mais les raisons de la révolte restent à l’arrière-plan. En privilégiant les dégradations et les accusations de manipulation, les grands médias contribuent à délégitimer une jeunesse qui lutte pour l’égalité et pour un avenir.

 

Héléna Berkaoui décrit dans le Bondy Blog une mécanique familière aux quartiers populaires : « quand la colère éclate, on finit par ne plus parler que de la manière dont elle s’exprime ».

 

Les ordures soutiennent les poubelles

Du 28 septembre au 1er octobre, les JT de France 2 ont consacré près de 25 minutes au mouvement, selon Acrimed. Plus de 19 minutes portent sur les violences et les affrontements, contre moins de deux minutes pour les revendications. Les violences policières occupent seulement 47 secondes. Sur cinq jours, l’étude d’ALATV portant sur TF1 et France 2 relève que 17 des 26 sujets s’ouvrent sur des images d’incendies.

La vétusté des lycées apparaît parfois, mais les inégalités entre les établissements des quartiers populaires et ceux des centres-villes sont évacuées. Le mouvement pour l’égalité des conditions d’étude est présenté comme un problème d’ordre public. La jeunesse racisée qui se mobilise pour sa dignité est renvoyée à la figure du « casseur ».

La police, elle, « riposte » ou serait « obligée de charger ». Ses violences deviennent des « interpellations musclées », tandis que les blessures des jeunes sont noyées dans un récit de « tensions ». Ce vocabulaire efface le rapport de forces entre des adultes arméEs et des ­adolescentEs.

 

Effacement des motivations de la mobilisation

Les accusations gouvernementales contre LFI et ­l’extrême gauche occupent aussi les antennes. Acrimed montre comment une note de renseignement, relayée par Matignon, sert à accréditer la thèse d’une manipulation sans apporter les preuves annoncées. La présence d’éluEs devant les lycées devient suspecte. Les lycéenNEs se voient ainsi dénier la capacité de comprendre leur situation et de décider de se mobiliser.

Quand des lycéenNEs sont invitéEs, leurs revendications ont les plus grandes difficultés à se faire entendre. Sur BFM-TV, le 1er octobre, Sabrine Kharbach, de l’Union étudiante, parle à peine cinq minutes sur une émission de plus d’une heure. Durant sa première intervention, elle subit quinze interruptions en moins de trois minutes. Les demandes de condamnation des violences passent avant la discussion sur les conditions d’étude.

Les journalistes mettent surtout en avant les conditions d’un retour en cours. Les revendications sont jugées à l’aune de ce qui permettrait de terminer la mobilisation. Celle-ci exprime pourtant une volonté de reprendre collectivement du pouvoir sur sa vie, que les discussions limitées aux mesures jugées négociables laissent de côté.

Rendre compte de la mobilisation exige de prendre au sérieux sa demande d’égalité, de documenter les discriminations qu’elle combat et de prendre la mesure des moyens qui manquent au service public d’éducation.