1h32. Sortie le 28 janvier.
Promis le ciel est un film qui défile tranquillement, sans slogans ni grandiloquence, pendant que le monde qui l’infuse s’agite à coups de lois, de rafles et de déclarations « responsables ». Erige Sehiri choisit de filmer le réel : observer ce que deviennent les individualités quand les discours officiels deviennent nocifs.
À Tunis, Marie, pasteure ivoirienne et ex-journaliste, accueille chez elle Jolie, étudiante calme et studieuse, et Naney, mère célibataire au parcours douloureux qui a laissé derrière elle sa fille, dans l’espoir de lui offrir un jour une vie meilleure. Une colocation bancale, joyeuse et agitée, dans laquelle débarque la petite Kenza, 4 ans, rescapée d’un naufrage et désormais seule au monde, que les trois femmes prennent sous leur aile.
La violence hors champ
Dans ce film, si la migration est un sujet omniprésent, pas de barbelés, pas de plans tragiques sur la mer, pas de musique larmoyante. Le danger est diffus, presque banal : un propriétaire inquiet, une rue à éviter, un statut qui peut basculer du jour au lendemain. La violence est hors champ, comme toujours lorsqu’elle est institutionnelle. Le film s’intéresse moins au départ qu’à ce moment suspendu où l’on attend, sans savoir si l’attente elle-même est autorisée.
Promis le ciel reste dans la pudeur : cadres serrés, espaces clos, ville morcelée. Tunis en est le décor à la fois plombant et discret. Si les trois héroïnes y vivent, elles n’ont pas le droit d’en faire réellement partie, et la ville le leur rappelle quotidiennement.
Une solidarité fragile
Le film ne cherche pas l’harmonie parfaite. Ici, pas de « pureté militante » : la solidarité se confronte chaque jour à la fatigue, à l’égoïsme et à la peur. Aïssa Maïga est très juste en pasteure charismatique et pragmatique, coincée entre foi, gestion et survie. Laetitia Ky incarne cette jeunesse qui aime faire la fête avec insouciance, mais qui doit affronter la violence de la société dans laquelle elle devient adulte. Debora Lobe Naney, enfin, incroyablement touchante et débordante de vitalité, apporte au film une énergie précieuse : avec elle, l’humour est un véritable outil de résistance.
Sans jamais moraliser, Promis le ciel pose une question fondamentale : combien de temps accepterons-nous de vivre dans un monde où la solidarité met en danger celles et ceux qui la pratiquent ? Un film qui regarde la réalité en face, sans promettre le ciel, mais surtout sans renoncer à la dignité.
Cyrielle L. A.